Faut-il avoir peur des constructeurs chinois ?

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Le constructeur Gac, tout droit venu de l’Empire du milieu expose au Mondial de Paris. De son côté, un autre chinois, Foton, tente de s’implanter en Allemagne. Pour autant, les marques traditionnelles ne craignent pas leur concurrence. Pour le moment.
C’est un SUV chinois bien sous tous rapports que peuvent découvrir les visiteurs du Mondial 2018 jusqu’au 14 octobre. Ce GS5, de la marque Gac, légèrement plus grand qu’un Peugeot 5008 entend bien rivaliser avec ce dernier, mais aussi avec tous les grands crossover du marché. Au même moment, en Allemagne, Foton, un autre constructeur de l’Empire du milieu, tente lui aussi de s’implanter sur le vieux continent avec une marque au nom créé de toute pièce qui oscille entre un germanisme de bon aloi, et un anglicisme rassurant. Borgward produit lui aussi un grand SUV. Ces deux marques ont-elles une chance de s’immiscer dans le concert des marques européennes, américaines ou asiatiques en Europe. Dans un lointain avenir peut-être, demain matin certainement pas.

Des normes contraignantes

Le marché européen automobile est l’un des plus redouté du monde. Car les normes d’homologation y sont sévères, bien sûr, mais aussi parce que, dans le berceau de l’automobile, la concurrence est la plus rude de la planète et que les consommateurs sont réputés difficiles. Aucun constructeur mondial n’en est absent, hormis General Motors qui, après avoir stoppé Chevrolet chez nous, a cédé Opel à PSA. Ces normes réputées difficiles, les constructeurs chinois s’y sont déjà cassé les essieux. Crash-tests, seuils de pollution sont autant d’obstacles à franchir pour eux. La sécurité passive et active du GS5 passera t-elle le test ? Son moteur essence de 1.5L et 180 ch, sera-t-il conforme avec la nouvelle norme WLTP ? Impossible de le savoir pour le moment. Car, hormis ces difficultés à affronter, il règne un certain protectionnisme européen qui ne dit pas son nom.

La difficulté d’être homologué

Pour le moment, aucune de leurs autos n’a été homologuée par l’European Enhanced Safety Vehicle Committee (EEVC), l’organisme qui délivre le visa leur permettant d’être distribuées dans les pays de l’Union. Motif invoqué à chaque passage : elles ne sont pas assez sécurisantes pour leurs occupants. Pourtant, il y a quelques années, deux Chinoises (la Geely Emgrand EC7 et la MG6) ont passé d’autres tests, totalement indépendants ceux-là, puisque réalisés par l’organisme EuroNcap. Au programme : un crash-test à 64km/h, au lieu des 56 requis pour une homologation officielle. Or les Geely ont réussi ce crash plus rapide, au même titre que d’autres autos, européennes celles-là. Ces dernières ont obtenu leur tampon de libre circulation, pas les Chinoises.

La mise en place d’un réseau

Reste que tôt ou tard, le bastion de l’homologation protectionniste pourrait sauter. Mais d’autres obstacles vont alors se dresser devant les marques extrême-orientales. Car il va falloir constituer un réseau de distribution. Or, et c’est aussi une particularité de l’Europe, cette distribution se fait au travers de concessionnaires exclusifs, une pratique beaucoup plus difficile à mettre en place que des garages multi-marques. Les Coréens, qui sont les derniers arrivés en France, notamment, ont mis plus d’une décennie à mettre en place un tel réseau, même s’il est aujourd’hui plutôt florissant.

L’autre expansion chinoise

Ces difficultés, les capitaines d’industrie chinoise en sont évidemment informés. Et plusieurs d’entre eux ont choisi une autre formule pour s’insérer dans le concert de l’automobile européenne : en avançant plus masqués. Les Européens ne veulent pas des marques locales ? qu’à cela ne tienne, elles vont racheter tout ou partie de celles qui sont déjà implantées chez nous. C’est le cas de Volvo, dont Geely détient 100% du capital depuis 2009 et qui connait aujourd’hui une réussite qu’il n’a jamais atteint. C’est aussi le cas de PSA, dont Dongfeng détient un tiers du capital. A qui le tour ? D’autres marques, à l’instar du groupe FCA (Chrysler-Fiat) sont aujourd’hui en vente. Reste à savoir qui les rachètera.