Les voitures-radars bientôt identifiables ?

Le Parlement va prochainement étudier la Proposition de loi nº 4117 visant à rendre obligatoire la signalisation des voitures radars. L’idée : responsabiliser les usagers de la route au lieu de les infantiliser.

voitures radars

D’ici la fin de cette année, on comptera 450 voitures radars. Ces dernières, il faut bien l’admettre, ont déjà fait la preuve de leur diabolique efficacité : « en Normandie, la part des infractions de plus de 20 km/h relevée par ces véhicules banalisés est 30 % supérieure à celle des radars fixes signalés par un panneau », se félicitait récemment le ministère de l’Intérieur.

Plus embêtant pour les usagers de la route, la conduite de ces voitures radars peut désormais être déléguée à des sociétés privées. Une pratique très critiquée qui a débuté en Normandie, puis s’est développée en Bretagne, dans les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire et enfin, depuis le début de l’année, en Nouvelle-Aquitaine, dans le Grand-Est, les Hauts-de-France et en Bourgogne-Franche-Comté. A la fin de l’année, on en comptera 223. L’objectif à terme du gouvernement, il ne s’en cache pas, est de remplacer l’intégralité des forces de l’ordre par des chauffeurs privés et de passer de 201 contraventions chaque année à… 4 196.

Voitures radars : une vraie source de stress

Estimant que « pour sa sécurité, un conducteur a mieux à faire que de se demander si la voiture qu’il croise ou qu’il dépasse est un véhicule parmi d’autres ou un « radar sur roues » camouflé », 45 députés viennent de déposer une proposition de loi visant à rendre « visibles » ces voitures radars. Pour ces députés, en effet, « cette source de stress détourne le conducteur de l’objectif numéro 1, à savoir observer l’environnement dans lequel il circule, anticiper tout événement imprévu et se tenir prêt à réagir ». Pas faux.

D’autant que les témoignages d’usagers pris dans les filets de ces chauffeurs privés se font de plus en plus nombreux : « me rapprochant d’une voiture circulant sous la vitesse limite de 80 km/h, abordant une grande ligne droite avec une bonne visibilité, j’accélère pour la dépasser, tant que la route est libre et limiter mon temps sur la file opposée. Ensuite je me rabats et laisse la voiture ralentir pour que le régulateur se remette en fonctionnement à ma vitesse d’origine. Sauf que le véhicule que je venais de doubler était une voiture radar. Si elle n’avait pas été sur la route, je serais resté à ma vitesse d’origine et n’aurais pas commis d’infraction. Je me suis retrouvé en excès de 8 km/h… », raconte l’un d’entre eux.

La vitesse, toujours la vitesse

Le problème, souvent dénoncé par les associations d’usagers de la route, c’est que cette volonté du tout répressif infantilise les conducteurs au lieu de les responsabiliser. Pour les députés porteurs de la proposition de loi, « la confiance dans la responsabilité du conducteur, le développement de la prévention et de la formation, de même qu’une répression ciblée (notamment la lutte contre la conduite sous l’empire de l’alcool et/ou de stupéfiants), passent au second plan. »

Malheureusement, selon l’avocat spécialisé en Droit automobile Jean-Baptiste Le Dall, « ces opérateurs privés vont se focaliser uniquement sur la vitesse qui est, certes, un facteur aggravant d’insécurité routière, alors que 85 % des excès de vitesse sont de -10km/h ». En clair, l’Etat privilégie ce qui lui rapporte le plus… Sur ce point, il ne se trompe pas : grâce aux chauffeurs privés, on pourrait passer de 1,5 million de PV par an pour excès de vitesse à 12 millions.

Voitures radars : responsabiliser les automobilistes

La proposition de loi visant à rendre obligatoire la signalisation des radars mobiles va dans le sens d’une responsabilisation des usagers de la route. Force est de reconnaître que la fin du caractère banalisé des véhicules de contrôle de vitesse « atténuerait le stress des automobilistes, dont la conduite resterait concentrée sur les conditions de circulation, plutôt que sur la recherche du dispositif qui va les piéger ». Elle réduirait aussi la défiance de la population, qui associe le concept de voitures radars, en particulier conduites par des chauffeurs salariés de sociétés privées, à un objectif de rentabilité plutôt qu’un renforcement de la sécurité routière.


Mise à jour de l’article du 23 février 2021 :

450 voitures radars banalisées d’ici fin 2021

De nouvelles voitures radars banalisées vont débouler sur nos routes. Fin 2021, l’Etat devrait en avoir mis 450 en circulation. Gérées par des sociétés privées, ces voitures indétectables pour les automobilistes devraient faire exploser le nombre de PV pour excès de vitesse. 

Ce n’est pas la première fois que des voitures radars entrent en scène pour faire la chasse aux excès de vitesse. Mais cette fois, elles se veulent indétectables et en mesure de réaliser de gros bénéfices. Ce qui ne fut pas le cas des Renault Megane, premières du genre, mais pas rentables car trop facilement reconnaissables avec des policiers à leur bord. L’idée : confier ces voitures radars à des sociétés privées capables de dégager des bénéfices en multipliant le nombre de PV. C’est ainsi que les autos de Monsieur-tout-le-monde, type Peugeot 208 ou Volkswagen Golf, vont sillonner les routes de l’Hexagone à la quête de petits excès de vitesse. Petits car aujourd’hui, en France, les chiffres montrent que 85 % des excès de vitesse sont de -10km/h » (et 95 % de moins de 20 km/h). Selon Maître Le Dall, avocat spécialisé dans les Mobilités, « L’Etat entend jouer de la cacophonie des routes nationales pour multiplier les PV. Certaines sont repassées à 90 km/h, d’autres non. De quoi faire en sorte que les automobilistes s’y perdent facilement ».  

Voitures radars : 24h/24h et 7 jours/ 7

Déjà testées sur les routes de Normandie et de Bretagne depuis 2018, ces voitures radars banalisées sillonneront tout l’Hexagone dans le courant de l’année 2021. 450 voitures au total, toutes gérées par des sociétés privées, et qui tourneront à plein régime. Pas de dimanche ni de jour férié, et un flash à double sens, pour prendre en flagrant délit de vitesse les automobilistes. « Ça sera la terreur policière sur les routes, décrit Maître Le Dall. Impossible de savoir si ce n’est pas une voiture banalisée qui se trouvera devant ou derrière nous ». Et ces autos dissimulées dans la circulation devraient rapporter des sommes considérables à l’Etat et aux sociétés prestataires : 12 millions de PV par an, contre 1.5 million actuellement… Et avec un tarif allant de 45 et 90 euros l’amende, cela infusera 810 millions d’euros supplémentaires, au total, chaque année, dans les caisses de l’Etat. « Cela pose évidemment une question éthique, poursuit Maître Le Dall, puisque les sociétés privées engagées auront des quotas à respecter si elles veulent voir leur appel d’offre renouvelé ». 

Quels recours en cas de délit ?

Si ces voitures radars banalisées sont bien légales, il y aura toujours des recours possibles en cas d’infraction.  « Mais il faudra vérifier de plus près encore les clichés émis par ces autos banalisées. Il faudra également s’assurer des conditions de verbalisation », souligne l’Avocat spécialiste des Mobilités.

Pas d’auto, pas de boulot

Un choix politique pas forcément judicieux en période de pandémie. Car cette chasse implacable aux excès de vitesse pénalisera toujours davantage ceux qui roulent le plus ainsi que les travailleurs. Selon Alexandra Legendre, « Pour tous ceux qui ont besoin de rouler beaucoup pour exercer leur métier (…) ou pour les trajets du quotidien, les PV et retraits de points vont s’enchaîner à un rythme effroyable ». Or, d’après la Ligue des conducteurs, chaque année, un tiers des 220 000 personnes qui perdent leur permis perdent également leur travail. « Il ne faut pas oublier non plus, conclut Maître Le Dall, qu’« avec les nouvelles normes CO2, c’est tout un pan du parc automobile qui va devoir être renouvelé et que le taux de chômage, en raison de la pandémie, est déjà particulièrement élevé ces derniers temps ». Sans oublier que la revendication des gilets jaunes, il y a deux ans à peine, n’étaient autre que le prix de l’essence, des taxes, des péages et… des radars.