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Voitures électriques : 500 000 emplois détruits d’ici 2040 ?

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D’après une étude publiée lundi dernier par l’Association européenne des fournisseurs automobiles (CLEPA), la politique du tout électrique imposée aux constructeurs automobiles pourrait détruire jusqu’à un demi-million d’emplois d’ici à 2040 parmi les seuls équipementiers dans l’Union Européenne. Voici les grandes lignes de cette étude à prendre très au sérieux.

CLEPA

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Sommaire de l’article

La CLEPA tire la sonnette d’alarme

L’Association européenne des fournisseurs automobiles (CLEPA) représente plus de 3 000 entreprises, des multinationales aux PME, fournissant toute l’industrie automobile. Autrement dit, lorsqu’elle tire la sonnette d’alarme sur les dangers d’une politique à marche forcée qui mène vers une électrification du parc automobile, on l’écoute.

Ainsi, lorsqu’elle charge le cabinet de stratégie PwC Strategy& d’évaluer l’impact de cette politique unilatérale vers le tout électrique, on ne peut être qu’inquiets des résultats : une perte sèche d’un demi-million d’emplois d’ici 2040 pour les équipementiers, sans donc tenir compte des constructeurs.

Un demi-million d’emplois menacés en Europe

Le cabinet PwC Strategy& a étudié l’impact de trois scénarios politiques différents du Green Deal sur l’emploi et la valeur ajoutée parmi les fournisseurs automobiles européens pour la période 2020-2040. Ces scénarios représentent une approche technologique mixte, l’approche actuelle uniquement pour les véhicules électriques proposée dans le package Fit for 55 et un scénario de montée en puissance radicale des véhicules électriques qui pourrait gagner du terrain

Ces trois scénarios supposent une accélération de l’électrification pour atteindre les objectifs fixés par l’Union Européenne : réduire à zéro les émissions de CO2 des voitures neuves à partir de 2035, ce qui entraînerait par conséquent l’arrêt des ventes de voitures à moteur atmosphérique, mais également les versions hybrides et hybrides rechargeables, au profit des seules motorisations 100 % électriques.

Les équipementiers automobiles en péril

Rappelons que le secteur de la construction automobile représente plus de 5 % de l’emploi manufacturier global dans 13 États membres de l’Union Européenne, avec plus de 60 % de ces travailleurs employés par des équipementiers automobiles. Autant dire que l’étude publiée par la CLEPA est importante car c’est la première fois que l’impact des différentes voies pour atteindre les objectifs du Green Deal est étudié sous l’angle des équipementiers automobiles.

En effet, contrairement aux constructeurs qui ont une plus grande capacité de mutation du « mécanique » vers « l’électrique », les équipementiers, souvent des PME, ont plus de difficultés à réagir, notamment parce qu’ils sont liés par des contrats à long terme avec les constructeurs automobiles. Même si ces derniers sont de plus en plus nombreux à réclamer une transition plus progressive…

Les dangers d’une approche 100% électrique

Selon Sigrid de Vries, Secrétaire Générale de la CLEPA, « l’étude met en évidence les risques d’une approche exclusivement axée sur les voitures électriques pour les emplois de centaines de milliers de personnes ». Ces entreprises, bien qu’engagées dans l’électrification des chaînes de traction automobiles, réclament « un cadre réglementaire ouvert à toutes les solutions disponibles, comme l’utilisation de technologies hybrides, d’hydrogène vert et de carburants renouvelables durables ».

Un avenir incertain pour les batteries

L’étude de la CLEPA démontre par ailleurs que jusqu’à 70 milliards d’euros (70 %) de la création de valeur liée aux groupes motopropulseurs électriques seront liés au traitement des matériaux de batterie, à la production de cellules de batterie et de modules de cellules et à l’assemblage de systèmes de batterie. Or, ces activités ne seront pas nécessairement menées dans les mêmes entreprises ou dans les mêmes régions, car elles nécessitent des compétences et une expertise sensiblement différentes de celles de la technologie des groupes motopropulseurs classiques.

En d’autres termes, « elles sont peu susceptibles d’offrir des opportunités à la plupart des équipementiers automobiles axés sur les groupes motopropulseurs, en en particulier les petites et moyennes entreprises qui emploient environ 20 % des personnes travaillant dans l’industrie de la fourniture automobile ».

Prendre en compte le « vrai » bilan carbone

Comme le regrette l’Association européenne des fournisseurs automobiles, les propositions actuelles du « Fit-for-55 » pour les normes d’émission de CO2 pour les voitures et les camionnettes ne prend en compte que les émissions provenant du tuyau d’échappement du véhicule, ignorant les émissions liées à la production de véhicules ou aux carburants qu’ils utilisent, y compris la façon dont l’électricité est produite. 

Or, selon elle, pour encourager les technologies ayant la plus faible empreinte carbone globale, les émissions des véhicules devraient idéalement être réglementées sur la base du cycle de vie, avec une approche « Well-to-Wheel (WtW) » comme première étape, qui prend en compte la production et la distribution du carburant/de l’électricité utilisé pour alimenter un véhicule. 

De même, les réductions d’émissions du côté des combustibles/de la production d’énergie devraient être prises en compte lors de la détermination de la conformité aux normes de CO2.

Assurer une transition «juste »

Pour Sigrid de Vries, « une approche technologique ouverte devrait inclure une électrification rapide avec une énergie propre et renouvelable, complétée par une technologie de combustion propre avec des carburants renouvelables durables. Il y a plus d’options que zéro émission d’échappement, et nous devons reconnaître le rôle que les carburants climatiquement neutres peuvent jouer dans la réduction des émissions, la préservation du choix des consommateurs, l’abordabilité et le maintien de la compétitivité mondiale de l’Europe. 

La CLEPA milite clairement pour une transition planifiée et réfléchie : « une approche technologique laissant des options ouvertes pour s’adapter aux nouveaux développements, qu’il s’agisse de percées technologiques, d’événements géopolitiques ou de la disponibilité des ressources, et en même temps, présente d’importantes opportunités de création de valeur dans l’industrie automobile, un des plus grands actifs industriels d’Europe. »

Pour résumer, en complétant l’électrification, une approche technologique mixte permettant l’utilisation de carburants renouvelables pourrait permettre une réduction de 50 % des émissions de CO2 d’ici 2030, tout en préservant les emplois et en créant de la valeur ajoutée.

Les chiffres de l’étude à retenir

● 226 000 nouveaux emplois prévus dans la production de groupes motopropulseurs EV (en supposant une chaîne de batteries de l’UE), signifie une perte nette de 275 000 emplois (-43 % d’emplois) prévue d’ici 2040

● 501 000 emplois chez des fournisseurs automobiles dans la production de composants de groupe motopropulseur de moteur à combustion interne (ICE) devraient devenir obsolètes si la technologie est progressivement supprimée d’ici 2035

● Sur ce demi-million d’emplois, 70 % (359 000) seront très probablement perdus au cours d’une période de 5 ans à peine, de 2030 à 2035, ce qui met en évidence le délai limité pour gérer les impacts sociaux et économiques considérables

Anne-Charlotte Laugier, journaliste, blogueuse et romancière (Ramsay).