Coup de frein sur les voitures autonomes

Le premier règlement concernant les voitures autonomes vient de tomber et il est sévère. Adopté par une cinquantaine de pays, un règlement contraignant incluant une boîte noire pourrait bien stopper net les investissements des constructeurs automobiles dans ce domaine.

Voitures autonomes

La semaine dernière, plus de cinquante pays, dont le Japon, la Corée du Sud et les membres de l’Union européenne, ont adopté à l’ONU un règlement sévère concernant les voitures autonomes.  Boîte noire, limitation à 60km/h…  Ce règlement sur « les systèmes automatisés de maintien de trajectoire» (automated lane keeping systems, ou ALKS) qui entrera en vigueur en 2021, impose aux constructeurs automobiles toute une série d’obligations ardues à l’égard de ces systèmes de conduite censés réduire le nombre d’accidents liés à l’erreur humaine. De quoi refroidir recherches et investissements de la part des constructeurs. Le groupe PSA a déjà annoncé ne plus vouloir développer de technologie de conduite 100 % autonome pour ses véhicules particuliers. Idem pour Audi. Et ce virus anti-voitures autonomes pourrait bien gagner au fur et à mesure tous les autres constructeurs qui ne devraient pas tarder à freiner des quatre disques leurs investissements dans ce domaine. Les contraintes règlementaires risquent fort de sonner le glas de la voiture qui se débrouille seule.

Voitures autonomes : une boîte noire obligatoire

Entre le Covid et ses conséquences sur l’automobile, on avait un tantinet délaissé les avancées en matière de véhicules autonomes. Mais le retour à la réalité est cru. Certains organismes s’en sont livrés à cœur joie et ont pondu des règlements extrêmement contraignants au point de peut-être sonner le glas des voitures autonomes. Dès l’année prochaine, les autos équipées d’ALKS (automated lane keeping systems) ou systèmes automatisées de maintien de trajectoire vont devoir se mettre au pas. Faire une petite sieste aux places arrière pendant que l’auto roule toute seule comme une grande ? Ce sera finalement interdit. Le conducteur doit rester en place sur son siège, ceinture bouclée, et l’auto se chargera même de surveiller, à l’aide d’un système de détection idoine, qu’il ne s’assoupisse pas. Le règlement adopté à l’ONU exige également que les écrans utilisés pour des activités autres que la conduite (internet, vidéo, divertissement, etc.) soient automatiquement déconnectés dès que le conducteur doit reprendre la main. L’intelligence artificielle pourra donc décider de couper le son et l’image de tous les systèmes d’infodivertissement selon son bon vouloir. Une intelligence, et une autonomie automobile, qui ne sera activée que sur les routes où les piétons et les cyclistes sont interdits et qui sont équipées d’une séparation physique entre les deux sens de circulation. Autre nouveauté contraignante : les voitures autonomes n’auront pas le droit de dépasser 60 km/h. Cerise sur l’asphalte : pour bien surveiller toutes ces opérations, une boite noire obligatoire sera chargée de tout surveiller. Autant dire que l’idée de jouer aux cartes ou de lire un bon livre pendant que l’intelligence artificielle se charge de mener l’automobiliste à destination, tombe à l’eau. Idem pour les personnes handicapées ou malvoyantes.  

Les investisseurs refroidis

Ces nouvelles règles pour les voitures autonomes, pour le moins contraignantes, doivent donc entrer en vigueur en 2021. Le Japon – qui a codirigé la rédaction du règlement avec l’Allemagne – appliquera le règlement dès son entrée en vigueur. La Commission européenne, qui a également contribué à son développement aux côtés notamment de la France, des Pays-Bas et du Canada, a annoncé que le règlement s’appliquerait dans l’Union européenne à une date ultérieure. Les Etats-Unis, quant à eux, ne font pas partie du Forum mondial. Néanmoins, ses constructeurs automobiles devront suivre le nouveau règlement pour vendre leurs véhicules dans les pays concernés. Mais cette règlementation contraignante sur les voitures autonomes risque d’avoir un effet à plus long terme : celui de refroidir les ardeurs et les investissements lancés depuis plusieurs années. Exemple : Hyundai Kia souhaitait dominer le marché mondial d’ici 2030 et avait annoncé un plan d’investissement massif de 35 milliards de dollars. Sachant que le Coréen n’est « que » le 5e constructeur mondial. Maintiendra-t-il le cap maintenant que le doute est semé dans tous les départements de recherche et développement de tous les constructeurs. Car ce règlement augure de nouvelles contraintes futures. De quoi tuer dans l’œuf les envies de recherches ainsi que l’intérêt d’une autonomie de niveau 3 qui permet aux autos de rouler seule sur l’autoroute. Car un Lille-Marseille à 60km/h, ça paraît moyennement intéressant. Et les clients potentiels risquent tout bonnement de tourner le dos aux voitures autonomes.

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