Voitures à hydrogène : l’offensive chinoise

Après sa volonté d’imposer la voiture électrique, la Chine lance un second chantier d’importance : le véhicule à hydrogène. Inventaire des forces en présence.

Voitures à Hydrogène : Hyundai Nexo
Hyundai Nexo

Lorsque l’on est le premier marché mondial de l’automobile, avec 28 millions de voitures écoulées bon an mal an, on peut se permettre de dicter ses lois à la planète. C’est ce que fait la Chine en matière de voitures électriques, et c’est peut-être ce qu’elle va s’appliquer à faire en matière d’hydrogène. C’est par le biais d’un plan gouvernemental dévoilée par Pékin que l’occident découvre la manœuvre. Un plan qui prévoit 5 000 autos ainsi équipées l’an prochain, 50 000 en 2025 et 1 million en 2030. De quoi interpeler les constructeurs mondiaux jusque-là peu tentés par cette technologie puisque seul Honda, Toyota et HyundaiKia dispose de voitures à hydrogène.

Les avantages de l’essence et de l’électrique réunis

Mais de quoi s’agit-il exactement ? Les voitures à hydrogène ne sont en fait que des voitures électriques classiques. Sauf que le moteur électrique n’est pas alimenté via des batteries, mais au moyen d’hydrogène stocké dans un réservoir, transformé en électricité grâce à une pile à combustible. Un système qui assure à la voiture l’autonomie moyenne d’une voiture thermique (600km), et un plein (d’hydrogène) de la même durée qu’un passage à la station-service d’essence. Soit à peine plus de cinq minutes. Voilà qui résous nombre de réticences connues envers la voiture électrique.

Un système qui peine à décoller

Sur le papier, cette solution est donc idéale pour imposer les technologies zéro émissions. Sauf que l’installation d’une seule station à hydrogène coûte près d’1 million d’euros. La France n’en compte qu’une quinzaine, peu ou prou le même nombre que la Chine aujourd’hui. De plus, la production du précieux gaz en amont, assurée dans l’hexagone par Air Liquide est plutôt énergivore et polluante. Des recherches sont actuellement menées pour tenter de produire de l’hydrogène plus verte, mais elles sont loin d’être abouties, faute de moyens suffisants.

Voitures à hydrogène: des investissements colossaux

Pour tenter de se frayer une place dans ce nouveaux marché, les gouvernements hexagonaux et allemands incitent les constructeurs à s’y engager. En injectant 100 millions d’euros dans la filière côté français, et en ouvrant près de 400 stations côté germanique. Des sommes importantes, mais loin d’être suffisantes pour généraliser une technologie et, surtout, développer un hydrogène plus propre. Surtout, l’offensive chinoise, si le gouvernement de Pékin respecte sa feuille de route, est d’une toute autre ampleur. A coups d’aides à l’achat, mais aussi de subventions aux entreprises, le pays pourrait bien réitérer ce qu’il fait actuellement pour la voiture électrique : réussir à imposer ce système auprès des transports publics et des particuliers à coups d’aides gouvernementales d’ampleur.

Les constructeurs débordés par les nouvelles technologies ?

Reste que les premiers intéressés, les constructeurs qui conçoivent ses voitures à hydrogène, sont plus que réservés. Et pas par manque d’intérêt pour cette technologie, mais parce qu’ils doivent courir plusieurs lièvres à la fois. Des lièvres qui leur coûtent chacun plusieurs milliards. Ils vivent en ce moment même une révolution jamais connue depuis l’invention de l’automobile, passant du thermique à l’électrique. Une bascule lourde de conséquence. En parallèle, ils développent la voiture autonome, même s’ils montrent quelques réticences ces temps-ci. Deux chantiers d’importance auquel pourrait s’ajouter un troisième nécessitant lui aussi de lourds investissements. Voilà qui parait déraisonnable à nombre de groupes. Quant à ceux qui produisent déjà des voitures à hydrogène, ils sont obligés de les vendre chers (entre 60 000 et 80 000 euros en moyenne) pour ne pas perdre trop d’argent. Pour que ce marché décolle, leurs coups de production et de vente devront baisser drastiquement, ce qui impose une mise de fonds préalable qu’ils ne sont pas tous prêts à consentir.