Voiture à hydrogène : la solution miracle ?

Une percée timorée. Mais, ça y est, une centaine de voitures à l’hydrogène roulent enfin en France alors qu’elle en compte des milliers dans le monde. La flottille ne réunit pour l’instant qu’une poignée de modèles avant-gardistes comme la Hyundai ix35, la Honda Clarity ou la Toyota Mirai. Comme d’habitude avec les révolutions, peurs et fantasmes perturbent la bonne compréhension de cette nouvelle technologie qui présente pourtant de sérieux avantages.
Toyota Mirai, voiture à hydrogène

Encore microscopique, le marché des voitures tournant à l’hydrogène commence tout juste à se développer en France. Les constructeurs français ont longtemps misé sur l’électrique. Ils se réveillent doucement : la première station d’hydrogène a été inaugurée récemment à l’aéroport d’Orly, en région parisienne. D’autres installations de ce genre sont prévues, notamment à Roissy-Charles-de-Gaulle et à Versailles. A la traîne derrière l’Allemagne, le Danemark et le Japon, la France tente de défendre sa place dans la course. Deux constructeurs proposent des véhicules « Fuel cell », munies de pile à combustible rechargées à l’hydrogène dans leur catalogue. Mais le mot « hydrogène » fait toujours peur, depuis les catastrophes qui ont touché les grands dirigeables des années 30. Pourtant ce gaz présente de nombreux avantages. D’abord, parce qu’une voiture full cell est tout bonnement une voiture électrique, la pile à combustible servant à fabriquer l’électricité se substituant en réalité aux batteries rechargeables. Un véhicule à hydrogène est un véhicule électrique qui produit lui-même son électricité. Une promesse forte.

La voiture à hydrogène ne rejette que de l’eau

La pile à combustible produit sa propre électricité par une réaction chimique complexe en combinant de l’oxygène –ce qui explique les grandes entrées d’air à l’avant des véhicules Full Cell – et de l’hydrogène stocké dans des réservoirs. Outre la production d’électricité, cette réaction chimique présente l’énorme avantage de ne rejeter que de l’eau : elle n’est donc pas polluante. La formule de la voiture à hydrogène ne nécessite pas de volumineuses batteries pour stocker son énergie : elle demande juste un élément pour faire tampon entre sa production et le besoin de son moteur, mais aussi récupérer l’énergie des décélérations.

Le plein en 5 minutes maximum

L’autre atout de la voiture à hydrogène est d’éviter l’écueil chronophage de la recharge des batteries. Il faut seulement trois à cinq minutes pour faire un plein d’hydrogène. Un aspect similaire à un véhicule thermique. Contrairement aux voitures électriques qui demandent plus de 4h pour les recharger, pas de prise à brancher et d’autonomie rikiki. La Toyota Mirai affiche, par exemple, une autonomie réelle de 500 kilomètres.

Les contraintes de l’hydrogène

Quinze fois plus léger que l’air, l’hydrogène est tout simplement l’élément le plus abondant dans l’univers. Néanmoins, il doit être manipulé et stocké avec précaution. Les réservoirs de la Mirai, par exemple, sont en fibre de carbone afin de résister aux chocs, même les plus violents et supporter une pression de 700 bars. A noter aussi que la pile à combustible ne peut fonctionner en théorie en dessous de 0° : elle doit donc être équipée d’un système de réchauffage. Toyota annonce ainsi permettre à la Mirai de fonctionner parfaitement jusqu’à -30°. Enfin, l’oxygène destiné à la pile à combustible doit être pur : l’air ambiant doit être catalysé au préalable. La technologie de l’hydrogène est donc complexe et encore coûteuse pour le moment, même avec un prix estimé à court terme à 10 euros le kilo (avec 5 kilos, le plein est fait) qui le rend à l’usage globalement similaire à une voiture à essence. La Mirai, véritable bijou de technologie, coûte encore 80 000 euros.

Les constructeurs français à la traîne

A cause de ces contraintes techniques liées à l’hydrogène, les industriels avancent doucement. Si les marques asiatiques, plus particulièrement Toyota, Hyundai et Honda, sont avant-gardistes, les constructeurs allemands, avec, en chef de troupe, Mercedes, développent également cette nouvelle technologie. Les Français sont, pour l’heure, moins enclins à investir le créneau pour le développer. Car pour faire un bon réseau de distribution d’hydrogène, il faut des voitures et, sans volonté hexagonale, peu de chance de développer la filière. Air Liquide, qui a déjà installé une centaine de stations hydrogène dans le monde, se retrouve bien seul.
Enfin, l’hydrogène est aujourd’hui un produit manufacturé et sa production demande de l’énergie, notamment du pétrole. Le bilan environnemental global est donc encore challengé par le pétrole et évidemment l’électrique. A l’horizon de 2020, 50% de la production d’hydrogène pourrait être issue de la biomasse. Mais la période de mutation risque d’être longue.

Résultat : l’hydrogène, même s’il présente de nombreux avantages et apparaît comme une alternative énergétique crédible, n’est pas encore la solution miracle…