Voiture électrique : Tesla en tête, mais toujours aussi fragile

En Europe, Tesla écrase la concurrence électrique. En 2019, 109 500 modèles ont été écoulés, avec la Model 3 en fer de lance. Malgré ce succès, et la valorisation boursière de la marque, le constructeur perd de l’argent. Explications.

Ce n’est pas Renault, qui n’a vendu que 45 700 unités de voitures électriques, ni Volkswagen (51 000) qui ont fait de l’ombre à Tesla en 2019, du moins en matière de voitures électriques. Avec près de 110 000 autos écoulées en Europe l’an dernier, Tesla croque tout simplement un tiers du marché. Dix-sept petites années après ses débuts, la marque américaine, à défaut d’être un géant de l’automobile (elle espère vendre 500 000 voitures cette année quand les grands constructeurs en écoulent plus de 5 millions) entend bien devenir rentable. Car Tesla fait parti de ces entreprises mystérieuses qui perdent de l’argent tout en bénéficiant d’une valorisation boursière considérable et supérieure à celle du groupe VW qui fabrique 25 fois plus d’autos. Une valorisation qui a dépassé les 100 milliards de dollars il y a quelques jours, alors qu’elle s’établissait à seulement 4 milliards il y a dix ans. Son action a encore bondi de 13% cette semaine, alors que l’entreprise d’Elon Musk a affiché des pertes de plus de 800 millions de dollars l’an passé.

Des retards à l’allumage

Reste que malgré ses pertes, Tesla va de l’avant, même si chaque nouvelle annonce de son bouillant patron Elon Musk doit être prise avec des pincettes. Surtout lorsqu’il s’agit des dates de lancement de ses modèles, ou de la construction de ses unités de production. Il en est ainsi de le berline Model 3. Elle a été commercialisée avec deux ans de retard par rapport à ses prévisions. La plupart des autos avaient été pré-réservées, et un acompte de 1 000 dollars versé pour chacune. Ce sont ces voitures, attendues depuis 2017 qui ont été livrées l’an passé et qui ont permis à la marque d’atteindre son bon score et de dépasser les autres constructeurs de voitures électriques. Même punition, et mêmes retards accumulés dans la mise en route de ses usines : les fameuses Gigafactory dont la deuxième unité doit, normalement, ouvrir dans quelques jours aux États-Unis, avant celle déployée en Chine.

Model 3 : le numéro gagnant de Tesla

Quoi qu’il en soit, la montée en puissance de Tesla est réelle ces temps-ci. Principalement en raison du succès de la Model 3. Plus petite, et donc moins chère, que la grande Model S, elle n’en demeure pas moins une auto premium, rivalisant avec les Audi, BMW et autres Mercedes. Seulement, avec des tarifs variants entre 50 000 et 60 000 euros, elle est concurrente des modèles sportifs de ces gammes puisque la puissance d’une Tesla peut atteindre plus de 400 ch et que l’auto peut abattre le 0/100km/h en moins de 4 secondes. Pour atteindre de pareilles performances, les Allemandes thermiques coutent près de 20 000 euros de plus. D’où l’intérêt de l’Américaine qui, de surcroit, atteint toujours des records d’autonomie, avec plus de 400 km réels pour le modèle « Grande Autonomie ».

La concurrence arrive

Si Tesla connait un aujourd’hui un succès certain, il atteint peut-être ses limites. Car les livraisons des Model 3 commandées depuis plusieurs années sont en train de s’achever. Les nouveaux lancements attendus, un roadster et un pick-up, ne sont pas pour tout de suite, et la concurrence se prépare. Dans le groupe VW, Porsche commence à livrer sa Taycan. Plus agile qu’une Tesla, plus chère aussi, elle dispose de moins d’autonomie, mais s’appelle Porsche, ce qui est un gain d’image non négligeable. De son côté, Audi commercialise ses temps-ci son e-TROn. Quant a la marque Volkswagen, elle s’apprête à lancer une série de voiture électriques sous la marque ID. Enfin, Mercedes lance son EQC au cours du printemps. Autant de répliques destinées à freiner l’enthousiasme d’Elon Musk.

Partagez l'article sur :