La voiture autonome, c’est pour demain

La voiture autonome suscite bien des interrogations. Dans la presse automobile, les journalistes ne sont pas tous d’accord quant à l’arrivée imminente ou non de ces autos qui se passeront de conducteurs. Vivacar.fr a rencontré Laurent Meillaud, expert de la mobilité du futur. Ses réponses à nos questions sur les véhicules autonomes.

La presse auto est très divisée. Beaucoup de journalistes disent que la voiture autonome, c’est pas pour demain ? Qu’en est-il selon vous ?

voiture autonome interview

La presse automobile est, par tradition, opposée au progrès technologique qui nuit selon elle au plaisir de conduire. Depuis que je suis dans le métier, j’ai toujours entendu des confrères pester contre l’ABS et les béquilles électroniques. Aujourd’hui, certains râlent contre le smartphone. L’automobile est un produit de haute technologie qui évolue bien plus vite que les mentalités des journalistes spécialisés. Concernant le véhicule autonome, ce sujet est mal traité dans la presse, que ce soit la presse généraliste ou spécialisée. Hormis quelques confrères qui font un travail honnête et qui traitent bien des enjeux en matière de partenariats, comme dans la presse éco, on reste généralement dans la caricature. C’est un remake de « la France a peur » de Roger Gicquel : peur du changement, peur de la prise de contrôle par un hacker, peur que la voiture prenne la décision d’aller dans le mur pour protéger un enfant qui traverserait. Tout cela est ridicule. Certes, il y a encore beaucoup de progrès à faire, mais la technologie évolue très rapidement. La législation aussi, car il y a un consensus mondial autour de cette question. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement en fait une priorité. Ce n’est pas non plus une surprise, si cette thématique a pris autant d’importance dans l’actualité. Ce n’est pas qu’un effet de mode, c’est une vague. Pour répondre simplement, oui les premiers véhicules seront visibles rapidement. Par contre, cela va prendre des dizaines d’années pour convaincre.

Quelles fonctionnalités vont débarquer que nous soupçonnons à peine ?

On peut déjà se garer sans toucher le volant, et dans certains cas en appuyant juste sur un bouton. La prochaine étape est de sortir de la voiture et de la laisser se garer toute seule. Aujourd’hui, on peut surveiller la manœuvre à quelques mètres de distance et intervenir via le smartphone. Demain, le véhicule aura encore plus d’autonomie et pourra faire quelques centaines de mètres pour trouver une place. Ce sera du stress en moins pour les rendez-vous. Demain, les capteurs embarqués veilleront sur nous. Ils sauront détecter le stress, la fatigue et les signes avant-coureurs d’un malaise. La voiture pourra en conséquence passer en mode automatique et s’il le faut s’arrêter en prévenant au passage les secours. Tout cela, on sait le faire aujourd’hui et sans passer par Apple ou Google.

Que vont réellement apporter les véhicules autonomes ?

Le premier champ concerne le transport à la demande. Le véhicule autonome va en fait compléter les transports en commun dans des zones ou à des horaires où il n’exerce plus ou mal sa mission. D’aucuns pensent d’ailleurs qu’il pourrait à terme remplacer les bus, grâce à sa flexibilité et aux larges plages d’utilisation. Le véhicule autonome peut aussi redonner de la mobilité aux personnes âgées ou aux gens qui ne peuvent pas conduire. Ce qu’il faut se dire, c’est que demain la mobilité sera encore plus difficile. En raison de la multiplication des contrôles de vitesse et des embouteillages, le plaisir de conduire sera très relatif. La promesse est de redonner du temps au conducteur dans les situations où sa compétence n’est pas essentielle, comme par exemple dans les bouchons. Après, ce sera au conducteur de décider. Soit il conduit, soit il se laisse conduire. Il est fort possible que le véhicule autonome devienne un jour la norme dans certaines villes qui veulent réduire la place de la voiture en ville. Un véhicule autonome ne reste pas des journées entières dans un parking. Il peut transporter des personnes et faire de la mobilité partagée.

La voiture autonome sera-t-elle notre plus grande espionne ?

C’est là aussi l’une des grandes tartes à la crème. En Europe, la volonté est de sauvegarder par défaut les données privées (privacy by design). La France a déjà fait une partie du chemin, en présentant le pack de connectivité rédigé par la CNIL. Le conducteur devra donner son accord pour que des données soient transférées. Je note qu’aujourd’hui ceux qui critiquent le flicage électronique en voiture sont les premiers à confier toutes leurs données à Apple et Google, quand ils ne postent pas des photos d’eux ou de leurs enfants sur Facebook. Il y a un filtre dans l’automobile. Par contre, le grand intérêt de la donnée, une fois qu’elle est anonymisée, est de pouvoir renseigner par exemple des data centers sur le taux d’occupation d’une route ou sur les risques de perte d’adhérence. Il faut savoir que ce débat sur les données n’intéresse absolument pas les américains et les chinois, plus ouverts au changement.