SUV : toujours plus menacés

SUV

Ils sont indirectement dans la ligne de mire du gouvernement. La Ministre des transports accuse d’une part Bruxelles de les favoriser, et elle fustige d’autre part les constructeurs qui prennent à leur charge le malus qui est appliqué à ces lourdes autos.

Le texte est appliqué depuis le 1er janvier, et il est très clair : les émissions moyennes de la gamme d’un constructeur ne doivent pas dépasser 95g d’émissions de C02 au kilomètre. Et les sanctions encourues par les constructeurs qui y dérogent sont toutes aussi claires : il en coûte 95 euros par gramme dépassé, ce qui, au vu du nombre de voitures vendues par certaines marques peut coûter très cher. Sauf que ce texte a été amendé par Bruxelles et la règle est plutôt adoucie. En gros, la règle est plus souple pour les véhicules lourds, et plus contraignante pour les autos les plus légères. Du coup, les constructeurs français, spécialistes des petites voitures légères hurlent au favoritisme envers les Allemands, rois des lourds SUV. De quoi agacer également Elizabeth Borne. La ministre des transports s’en est prise à cette curieuse règle vendredi dernier, estimant « qu’il

Il y a quelque chose d’un peu absurde dans les textes européens actuels, c’est le fait que quand les véhicules sont plus lourds alors ils ont le droit d’émettre plus de gaz à effet de serre. » Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire s’était déjà inquiété de ce drôle de texte au mois de novembre dernier, souhaitant qu’il soit rediscuté par l’Union Européenne. Rien n’y a fait et il est aujourd’hui appliqué. 

Les Allemands favorisés ?

Voilà qui fait ressurgir le fantasme de la grande emprise, vraie ou fausse, de Allemagne sur les instances de Bruxelles. L’industrie automobile étant la toute première du pays et les constructeurs nationaux (groupe Volkswagen, BMW et Mercedes) fabriquant de lourds SUV, cet assouplissement les favorise en premier chef. Ainsi les BMW X5, AudiQ8, et Mercedes GLE ne pénaliseront pas le quota général de leurs marques respectives. Ces gros SUV existent souvent en version hybrides rechargeables, mais le gros de leurs ventes se font toujours en diesel.

Les français défavorisés ?

A l’inverse, les constructeurs français sont les spécialistes continentaux des petites autos. Les Renault Clio, Peugeot 208 et Citroën C3 dominent le marché. Légères et plutôt faiblement motorisées, elles sont peu émettrices de C02. Sauf qu’avec la règle des 95g amendée, les petites devront être encore plus vertueuses qu’elles ne le sont. Ce qui pose un sacré problème à nos constructeurs. Pour descendre sous cette barre fatidique, ils doivent en passer par une hybridation, même légère, de leurs petits moteurs. Une opération possible, sauf qu’elle risque de faire exploser la facture finale de ces engins, et les rendre tout simplement invendables. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui signe l’arrêt de mort des micro citadines thermiques. PSA et Toyota, qui fabriquaient sur la même chaîne tchèque les Toyota Aygo, Citroën C1 et Peugeot 108 ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne renouvelleraient pas ces modèles et ont mis fin à leur collaboration. 

La prise en charge du malus par les réseaux fustigée

Cet état de fait dénoncé par le gouvernement français est donc une manière de tenter de sauver l’industrie auto hexagonale, mais aussi de fustiger les gros SUV. Elizabeth Borne ne s’en est d’ailleurs pas caché en s’en prenant, au début de cette semaine, aux marques et à leurs réseaux qui prennent en charge le malus collé à leurs engins, histoire de ne pas dissuader leurs clients. Une initiative qui concerne principalement les crossovers puissants, qui ont vu leur malus grimper de 12 500 à 20 000 euros depuis le 1er janvier. La ministre, qui a eu vent de ce phénomène, demande à ces constructeurs, « qui nous disent par ailleurs qu’ils font beaucoup pour la transition écologique, plus de civisme et moins de cynisme ». Entre Bruxelles et Paris, les SUV sont devenu une cible de choix.

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