Carlos Ghosn : le feuilleton à rebondissements

Relâché il y a un mois, l’ex-PDG de l’Alliance Renault-Nissan a été incarcéré à nouveau, non sans avoir au préalable enregistré une vidéo diffusée sur le web ces jours-ci. Au même moment, sa femme a fui vers la France. Rappels de l’affaire Carlos Ghosn aux multiples épisodes. 

carlos ghosn

Les médias internationaux n’ont jamais autant évoqué Carlos Ghosn, malgré ses deux décennies à la tête de Renault-Nissan, que depuis le 19 novembre dernier. Ce jour-là, il était interpellé à la descente de son avion à Tokyo et transféré à la maison d’arrèt de Kosuge. Le motif de cette arretstation : une somme de 60 millions d’euros qu’il aurait dissimulé au fisc. S’en suivront, dans les semaines suivantes, nombres de nouveaux griefs qui vont justifier, aux yeux du procureur chargé de l’affaire, son maintien en détention, parmi lesquels des sommes destinés à renflouer ses comptes malmenés par la crise de 2008, des salaires fictifs attribués à sa sœur, les frais d’études de ses enfants règlés par Nissan ou son mariage à Versailles payé par Renault. Malgré ces faits, celui qui a été déchu de son poste par les administrateurs des entreprises qu’il dirigeait, a été libéré, moyennant une caution de 8 millions d’euros le 5 mars dernier.

Libéré et réincarcéré à nouveau

Tout rentrait donc à peu près dans l’ordre pour le franco-libanais puisqu’il bénéficiait d’un régime de liberté surveillé dans un appartement tokyoïte. L’homme a rencontré quelques journalistes, a ouvert un compte twitter et pouvait préparer sa défense avec ses avocats en attendant le procès. Mais la semaine passée, une nouvelle affaire éclatait. Une bombe venue de France puisque la direction de Renault a livré à la justice japonaise, les documents attestant de transferts de fond, via un distributeur du sultanat d’Oman. Ces fonds étaient destinés au propre fils de Carlos Ghosn en vue de la création de sa startup aux Etats-Unis. Le procureur de Tokyo a jugé les faits suffisamment graves pour ordonner une nouvelle mise en examen, et donc, une nouvelle incarcération. En conséquence, jeudi dernier à l’aube, la police japonaise a arrêté une nouvelle fois l’ex-patron pour le raccompagner à la prison de Kosuge, où il devrait rester, au moins, jusqu’au 14 avril prochain. Deux jours plus tard, sa femme Carole, qui devait être entendue par le juge, après s’être vue retiré son passeport japonais, s’envolait vers la France, grâce à sa double nationalité, et le passeport français qu’elle détient toujours. C’est d’ailleurs l’ambassadeur de France au Japon qui l’a accompagné jusqu’au pied de l’avion.

Une affaire qui suscite un tollé en France

L’affaire Ghosn devient donc de plus en plus rocambolesque et suscite des réactions aussi bien au Japon qu’en France. Mais si à Tokyo on ne juge pas, de manière générale, que la justice locale s’acharne sur l’ancien dirigeant de manière disproportionnée, il n’en va pas de même en France. Nombreux sont ceux qui évoquent des conditions de détention difficiles, voir inhumaines. Des jugements qui sont évidemment liés au système judiciaire hexagonal particulier, notamment en cas de délit financier. Si chez nous, la garde à vue, hormis en cas de terrorisme, ne peut excéder 48h, elle peut atteindre 22 jours au Japon, et être renouvelé en cas de nouvel élément du dossier. Cette différence de traitement pousse évidemment une partie de l’opinion à penser que la peine que subit Carlos Ghosn est indigne. Ce que suggère également Carole Ghosn dans ses interviews données au JDD et à RTL depuis son retour en France. Son mari quant à lui, ne joue pas de la même corde sensible pour appuyer sa défense. Dans une vidéo postée ce mardi, et enregistrée avant son arrestation, il dénonce le complot dont il serait victime, sans pour autant nommer Nissan. Mais il vise bien évidemment et sans le dire, l’entreprise qu’il dirigeait, et qui l’a livré à la justice.