Le successeur de Carlos Ghosn se profile

Alors que la détention de l’ex président Carlos Ghosn de l’Alliance Renault-Nissan est prolongée jusqu’au 10 mars au moins, le conseil d’administration lui cherche un remplaçant. L’actuel PDG de Michelin est le seul favori en lice.

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Le feuilleton continue. Arrêté le 19 novembre dernier à l’aéroport de Tokyo, Carlos Ghosn est détenu depuis cette date à la prison de Kosuge. Et deux mois après le début de l’affaire, celui qui fut l’omnipotent président de l’Alliance vient de se voir refuser une troisième demande de remise en liberté par le juge chargé de l’affaire. Sa détention pourrait même durer, selon son avocat japonais, jusqu’en 2020, date envisagée pour le procès. De quoi décourager le conseil d’administration de Renault, et notamment l’Etat français, qui pèse 15% du capital. Un conseil qui, jusqu’ici, sur la foi de la présomption d’innocence, n’avait pas destitué le PDG. Mais le temps passe et les affaires n’attendent pas. Aussi, doit-il se réunir ce jeudi pour nommer un remplaçant à la tête du groupe, et des marques Renault, Dacia, Avtovaz et Samsung.

Un homme du sérail

Un seul nom semble ces jours-ci sortir du chapeau : celui de Jean-Dominique Senard. Homme du sérail, il est président de Michelin depuis 13 ans et son mandat arrive à expiration. Un CV qui en rappelle un autre, puisque, avant de prendre les rênes de Renault, Carlos Ghosn était le numéro 2 du manufacturier de pneus. Voilà qui plaide plutôt en faveur du patron de Clermont-Ferrand aujourd’hui âgé de 65 ans. D’autant que cet ex-HEC travaillait chez Total avant de rejoindre Michelin.

Un PDG humaniste

Cette nomination tomberait en pic pour calmer le climat social à l’intérieur de l’entreprise. Car si Ghosn a toujours été reconnu comme un chairman efficace, il ne laisse pas le souvenir d’un grand humaniste auprès de ses troupes. D’autant que les délits d’enrichissement personnel dont il est soupçonné, ont quelque peu semés le trouble en interne. A l’inverse, Jean-Dominique Senard est un patron social, avec la réputation d’être proche de ses troupes. Il a même nommé un représentant syndical au sein de son conseil d’administration. Dans le même temps, celui qui est le premier patron de Michelin à ne pas être issu de la dynastie des fondateurs du Bibendum, n’a pas hésité, en 2013 à fermer une usine en France, à Joué-Les-Tours, en Indre-Et-Loire, en supprimant 700 postes. Même si, dans la foulée, il a réinvesti 800 millions dans les autres sites français, et fait construire un tout nouveau centre de R&D qui emploie 3 000 personnes à Ladoux, à quelques encablures de Clermont.

Une présidence partagée

Pour autant, Jean-Dominique Senard ne sera pas seul à la barre du navire Renault. Il devrait être nommé ce jeudi président non exécutif, et Thierry Bolloré, que Ghosn avait désigné pour lui succéder, devrait accéder au titre de directeur-général. Une manière de se partager le travail. A Bolloré, les affaires courantes du constructeur, et à Senard le développement international et, surtout, les négociations qu’il doit reprendre le plus vite possible avec le japonais Nissan. Car elles sont vitales, et il en va non seulement de l’avenir de l’Alliance, mais de celui du groupe Renault. Dire que ces relations se sont dégradées depuis le début de l’affaire Ghosn est un doux euphémisme. Non seulement les cadres de Nissan ont livré à la police l’ensemble du dossier accablant leur ex-patron, mais ils ont, pour le moins, tardés à livrer ces mêmes pièces à la direction de Renault qui détient tout de même, 43% des actions du Japonais. Faire vivre cette alliance, et même la consolider sous la forme d’un groupe structuré est nécessaire pour Renault, puisque Nissan est beaucoup plus profitable que le losange. Jean-Dominique Senard est-il l’homme de cette situation complexe ? S’il a su développer Michelin, notamment en Chine, il n’a pour le moment, que peu d’expérience probante du marché japonais. Il devra, en tout cas, l’acquérir le plus vite possible.