Téléphone, lignes blanches, feu rouge : vers la multiplication des retraits de permis

Jusqu’ici, l’usage du téléphone au volant était sanctionné d’une simple amende de 135 euros. Mais le retrait de permis lié à son utilisation pourrait entrer en vigueur bientôt, si ce geste est accompagné d’une autre infraction, comme une ligne blanche franchie, un stop ou un feu grillé.

retrait de permis

La loi d’orientation Mobilité sera discutée dès la rentrée parlementaire. Et dans le panier de mesures qui pourraient être voté figure celle qui risque d’affecter les bavards imprudents. Elle concerne un texte qu’Emmanuel Barbe a détaillé il y a quelques jours. Selon le délégué interministériel à la sécurité routière, l’infraction actuelle concernant le fait de téléphoner au volant, appareil en main, sans en passer par le Bluetooth, risque fort d’être durcie. Bientôt, les automobilistes pris sur le fait pourraient même écoper d’un retrait de leur permis de conduire. Sauf que ce retrait ne s’appliquera qu’au cas où le délit en question s’accompagne d’un autre. Il faudra ainsi que le conducteur grille un stop, ou un feu rouge ou franchisse une ligne blanche tout en téléphonant pour se voir retirer son papier rose. Ce qui, il est vrai, constitue une multiplication d’actes plutôt dangereux.

Un risque d’accident multiplié par trois

Le danger au téléphone est d’ailleurs souligné par une enquête de l’observatoire national de la sécurité routière. Elle date, certes de 2017, mais il est à craindre que les résultats en seraient similaires aujourd’hui, voir pires. Selon cette étude, 70% des automobilistes interrogés reconnaissent utiliser leur GSM au volant. Un acte qui multiplie par trois les risques d’accident, toujours selon la même enquête. Autant de raisons qui poussent Emmanuel Barbe à pousser les parlementaires à prendre cette mesure répressive. Le délégué interministériel l’a d’ailleurs explicitement reconnu dans une interview livrée à Europe 1 : « l’objectif de cet article est de casser les pieds des récalcitrants ». On ne saurait mieux dire.

Un durcissement du retrait de permis

Ce durcissement de la loi est en réalité une extension du retrait de permis immédiat, c’est-à-dire au moment même ou l’infraction est constatée. Car jusqu’ici, il n’est appliqué qu’en cas de conduite en état d’ivresse, ou sous l’influence de stupéfiants. Il peut également intervenir en cas de grand excès de vitesse, ce qui signifie que l’automobiliste a roulé à plus de 40km/h de la vitesse légale. En revanche, toutes les autres infractions sont sanctionnables d’un retrait de permis à posteriori, sur décision du tribunal, ou d’une simple amende qui peut être assortit d’un retrait de points. C’est le cas de l’usage du téléphone qui, outre une amende forfaitaire de 135 euros et d’un retrait de trois points. En cas d’infractions cumulées, les sanctions s’additionneront donc, dès que le décret sera publié au journal officiel, ce qui devrait être le cas avant la fin de l’année. Rappelons que l’utilisation d’un kit-mains libres avec des oreillettes est lui aussi prohibé, et son usage est soumis aux mêmes règles que le téléphone porté à l’oreille.

Une loi dissuasive avant tout

Evidemment, à chaque nouvelle mesure répressive, des associations d’automobilistes s’insurgent, expliquant que la prévention vaut mieux que la répression. D’autres professionnels, plus réalistes notent la difficulté de constater de telles infractions multiples. Ils soulignent surtout que pour être efficace, une telle mesure nécessite des forces de l’ordre en grand nombre au bord des routes. Une augmentation des effectifs nécessaire qui n’est pas vraiment à l’ordre du jour en ces temps d’économies des dépenses de l’Etat. Reste une loi dissuasive à défaut d’être efficace. Un texte qui aura au moins le mérite de faire prendre conscience de la perte de vigilance que peut entrainer un simple coup de fil, ou pire : un SMS rédigé en conduisant. Et si cette prose de conscience est susceptible d’épargner quelques vies, le texte de loi aura trouvé son utilité.