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Pour contrer Tesla, les constructeurs français ont un plan

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Historique ! Pour la première fois dans l’histoire de l’automobile, c’est une voiture 100% électrique qui devient la voiture la plus vendue sur le continent européen. Le classement des meilleures ventes en Europe en septembre place en effet la Tesla Model 3, largement devant la Renault Clio, la Dacia Sandero et la Volkswagen Golf.

tesla intérieur

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Ce résultat est dû à l’effondrement du marché du thermique – à cause notamment de la crise des semi-conducteurs, mais surtout à une révolution en marche : l’irrémédiable ascension de la voiture électrique.

Une révolution que la France ne veut pas subir, mais accompagner, selon le Président de la République Emmanuel Macron qui souhaite la production de deux millions de voitures électrifiées d’ici 2030 en France. 

Tesla, la success-story continue

La crise des semi-conducteurs n’explique pas tout. Sinon comment expliquer que Tesla soit moins touché que les constructeurs historiques ? Pour Dan Ives, spécialiste automobile du fonds Wedbush, « Tesla a une chaîne d’approvisionnement plus efficace. Tesla fabrique des véhicules dans seulement deux usines pour le moment : en Californie et en Chine, où sont d’ailleurs produits la majeure partie des puces. Ford, GM et les autres gros constructeurs ont des chaînes d’approvisionnement très complexes qui les mettent dans la tempête ».

En gros, Tesla a profité de sa « petite taille » pour mieux s’adapter à la situation. Le constructeur américain n’a pas arrêté ses livraisons de semi-conducteurs, en 2020, contrairement aux constructeurs historiques. Du coup, lors du redémarrage de la production de puces électroniques, il a continué à être régulièrement livré. Tesla a également profité de son avance technologique sur la concurrence. Elon Musk expliquait récemment : «il ne s’agit pas seulement d’échanger une puce. Vous devez également réécrire le logiciel.

Ce fut un effort incroyablement intense pour trouver de nouvelles puces, écrire un nouveau firmware, s’intégrer au véhicule et tester afin de maintenir la production ». Tesla a ainsi réussi à développer et valider 19 nouvelles puces pour faire face à la pénurie de semi-conducteurs.

Emmanuel Macron veut 2 millions de voitures « propres » pour 2030

Le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron donnait à la filière automobile française l’objectif de produire 2 millions de voitures hybrides et électriques en France à l’horizon 2030, esquissant une feuille de route tournée vers « la valeur ajoutée ».

C’est en réalité une révolution qui est souhaitée pour notre industrie qui va devoir produire en France des batteries, des moteurs électriques, des cathodes, etc.

Le directeur de Renault, Luca de Meo estime que cette transformation « doit amener la France et l’Europe à prendre le leadership sur un modèle économique vert, face aux géants chinois et américains ».

Renault accélère vers l’électrique pour contrer Tesla

Pour le groupe Renault, l’objectif est ambitieux : 90% des ventes devront concerner des véhicules électriques en 2030. Concrètement, la marque au losange va lancer dix modèles 100% électriques d’ici 2025. Luca de Meo explique la stratégie du groupe en cinq mots : « rendre les voitures électriques populaires ». Concrètement, le groupe a choisi de standardiser sa stratégie en matière de batteries au sein de l’Alliance, avec une chimie NMC (nickel, manganèse et cobalt) et une architecture de cellule unifiée.

Renault a déjà beaucoup investi pour créer son propre moteur électrique et a ainsi réussi à diviser par deux le coût de ses batteries. Lequel sera encore divisé par deux dans la prochaine décennie. Renault travaille en parallèle à l’amélioration de son moteur synchrone à rotor et grâce à un partenariat avec l’entreprise française Whylot, il veut être le premier constructeur à produire un moteur électrique à flux axial à grande échelle à partir de 2025.

Le constructeur français va utiliser sa plateforme CMF-EV pour atteindre son objectif de produire 700 000 unités d’ici 2025 pour les segments C et D. Cette plateforme offre une autonomie jusqu’à 580 kilomètres WLTP avec une très faible consommation d’énergie. Quant à la plateforme CMF-BEV, elle sera destinée à produire des voitures électriques moins chères sur le segment B. C’est dans ce sens que la groupe a créé Renault Electricity, entité qui regroupe les trois usines Renault de Douai, Maubeuge et Ruitz, mais aussi un écosystème de fournisseurs. 

Stellentis veut être leader du marché des véhicules à faible émission

Le groupe Stellantis né de la fusion entre PSA et Fiat vient lui aussi de dévoiler sa stratégie pour adapter ses usines au virage électrique. Ambition affichée : devenir le leader mondial du marché des véhicules à faibles émissions (LEV). Un peu moins ambitieux – ou plus réaliste ? – que Renault, Stellantis se fixe l’objectif d’atteindre 70% des ventes de véhicules électriques ou hybrides à l’horizon 2030. « Nous nous donnons les moyens de nos ambitions en assurant la transformation volontariste et agile de l’ensemble de notre appareil industriel en France, pour faire de ses sites les champions de la mobilité de demain », affirme Carlos Tavares, Directeur exécutif de Stellantis qui entend donc anticiper les effets de la transition énergétique en affectant de nouvelles activités aux sites qui étaient jusqu’à présent les plus dépendants du moteur thermique.

Ainsi le pôle de Trémery-Metz qui jusqu’à présent était entièrement dédié à la production de moteurs thermique va basculer vers l’électrique pour tenter de devenir un leader des groupes motopropulseurs électrifiés dès 2024. Il sera accompagné par le site de Charleville qui fabriquera le carter de sa prochaine machine électrique. Chaque année, plus d’1,1 million de moteurs électriques devraient y être fabriqués, ainsi que 600 000 boîtes de vitesses électrifiées.

Carlos Tavares annonce par ailleurs que la Fonderie de Sept-Fons va se spécialiser dans la fabrication d’éléments de freinage. Le site de Valenciennes qui fabrique les réducteurs de vitesse « RG » équipant tous les véhicules électriques du groupe, continuera dans cette voie pour passer à une production annuelle de 820 000 « RG ».

Idem pour le site de Caen qui continuera de fabriquer les composants de châssis et transmissions des voitures électriques, comme celui de Mulhouse qui produit les trains arrière pour les voitures hybrides rechargeables de Stellantis.

Bien sûr, les usines terminales du groupe participeront de plus en plus à cette transition vers la production de véhicules électrifiés.

C’est le cas de Hordain qui produit les véhicules utilitaires pour les marques Peugeot, Citroën, Opel, Toyota et prochainement pour la marque FIAT, mais aussi de Poissy qui assemble les DS3 Crossback et Opel Mokka électriques, de Mulhouse qui outre le lancement industriel de la nouvelle Peugeot 308 hybride rechargeable, produit les versions hybrides des Peugeot 508 et 508 PSE et de DS 7 CROSSBACK, et enfin, Rennes qui va notamment assembler la remplaçante du Citroën Aircross hybride, basée sur la future plateforme Stella Medium.

Anne-Charlotte Laugier, journaliste, blogueuse et romancière (Ramsay).