Un bonus-malus en fonction du poids des voitures

Un bonus-malus calculé en fonction du poids des voitures. C’est ce que souhaiterait le député ex-LREM Matthieu Orphelin à travers un amendement déposé lundi dernier.

poids des voitures

Les autos « tank » – autrement dit les véhicules très lourds dont certains sont d’ailleurs électriques, à l’instar de la Jaguar I-Pace ou l’Audi e-Tron qui affichent chacune quelque 2 tonnes sur la balance – sont pointées du doigt. Et pour répondre à cet état d’urgence lié aux émissions de CO2 des voitures, France Stratégie, l’institution rattachée à Matignon, a annoncé qu’il était nécessaire de réorienter rapidement le marché automobile vers des véhicules plus légers. D’où l’idée de taxer les véhicules les plus lourds, idée qui n’est pas si nouvelle, mais que le député Matthieu Orphelin vient de remettre sur le tapis en déposant un amendement destiné à pénaliser l’acquisition de véhicules lourds et polluants. Dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités, un système de calcul de bonus-malus, déjà décrié par certains, porterait donc sur le poids des véhicule.

Des voitures de plus en plus lourdes

Depuis une vingtaine d’années, les constructeurs font des efforts drastiques pour limiter les émissions de C02.  Des efforts saccagés par le poids des voitures qui est en augmentation constante. Car la masse des voitures influent directement sur la consommation et les rejets de CO2. Si les autos ont pris de l’embonpoint, c’est, d’une part, à cause du poids des batteries des voitures électriques qui gagnent en autonomie, mais aussi parce que les constructeurs n’ont pas forcément d’autres choix que d’alourdir quelque peu leurs autos : la présence obligatoire d’aides à la conduite et d’équipements de plus en plus nombreux pour répondre aux impératifs de sécurité imposées pour réussir aux crash-tests sans négliger aussi les éléments de confort toujours plus présents, alourdissent nos autos modernes. C’est ainsi que le poids moyen d’une voiture a grimpé de 57% en 50 ans. Or, plus une voiture est lourde, plus elle consomme de l’énergie. 

Les SUV dans le collimateur

L’objectif est clair : limiter l’appétit des Français pour les véhicules à la mode et jugés très polluants que sont les SUV. Car la mode des SUV est d’ailleurs largement dénoncée pour expliquer une tendance inquiétante : depuis 2017, les émissions moyennes de CO2 remontent en France, mais aussi en Europe. En se basant sur le poids du véhicule pour calculer le malus écologique à établir, tous ces grands SUV qui ont plus d’embonpoint qu’une berline, seraient pénalisés.   Un bonus malus en fonction du poids des voitures jouerait également en défaveur des véhicules hybrides rechargeables, véritables « sumo » sur la balance à cause des batteries. A noter que la moyenne des émissions de CO2 ne fléchit plus depuis quelques années car la part des motorisations essence est de plus en plus conséquente depuis le dieselgate. Or, un moteur à essence consomme un peu plus qu’un diesel de puissance équivalente, et rejette donc plus de CO2. Pour le député Matthieu Orphelin il faudrait en courager « les véhicules les plus légers et décourager l’achat de gros véhicules (dont les SUV de luxe) dont les ventes sont récemment montées en flèche », qui rappelle au passage que « même électriques ou hybrides, ces véhicules ne sont pas vertueux »

Un bonus lié au poids des voitures en Norvège

Si l’idée de calculer le bonus malus en fonction du poids des voitures a fait son bonhomme de chemin, c’est aussi parce que la Norvège a déjà mis en place cette politique. Le malus est ainsi énorme pour le propriétaire qui s’achète un Audi Q7 qui pèse plus de 2 tonnes par exemple : 20 000 euros la taxe d’immatriculation.  Et bien moindre pour une voiture légère comme une plume comme une Smart : 1000 euros seulement. Le rapport de France Stratégie souligne justement ce système de taxation plus juste. « Un bonus-malus indexé sur les émissions de CO2, et sur le poids serait socialement plus équitable car il réduirait la fiscalité des véhicules plus légers et les plus sobres », décrit le rapport. En s’inspirant de la Norvège, l’Union européenne pourrait instaurer un bonus-malus indexé sur le poids qui permettrait à une voiture de 900 kg telle que la Smart ForTwo de bénéficier d’un bonus de 1 500 euros à l’achat, tandis qu’une Audi Q7 devrait s’acquitter d’un malus de 17 500 euros.

Encadrer les publicités des voitures neuves

Toujours avec cette idée de faire baisser les émissions de CO2, la question de la publicité sur les voitures se pose : faut-il plus les encadrer ? La question fait débat et le gouvernement y réfléchit sérieusement. La Ministre des transports plaide plutôt pour un encadrement des publicités automobiles avec un message clair : « Pensez au bus, au métro, au covoiturage pour vous déplacer », une mention qui pourrait devenir obligatoire à partir de janvier 2020. Dans d’autres secteurs, les règles sont strictes : cela va de l’interdiction totale de publicité pour les cigarettes (Loi Evin en 1991) à la mention de messages sanitaires pour certains produits comme l’alcool. Les marques qui ne font pas mention de ces messages doivent s’acquitter d’une taxe de 1.5%. Il y a donc de fortes probabilités pour que la publicité sur les voitures les plus polluantes soit progressivement encadrée afin que la promotion des véhicules les plus sobres soit efficacement menée.