Luca De Meo : un italien à la tête de Renault

Après avoir fait ses armes dans le groupe Fiat, Luca De Meo qui a redressé Seat devrait débarquer dans les jours prochains à Boulogne Billancourt. Portrait d’un surdoué de l’automobile.

Luca De Meo

L’affaire semble conclue. Le conseil d’administration de Renault a validé sa nomination et l’Italien Luca De Meo pourrait bien devenir le nouveau directeur général du Losange, en remplacement de Thierry Bolloré qui avait laissé sa place, par intérim, à Clothilde Delbos, la directrice financière du groupe, durant quelques mois. Une affaire conclue donc, ou presque. Il reste à lever la clause de non concurrence inscrite au contrat du transalpin. C’est Jean-Dominique Senard, le patron de l’Alliance Renault-Nissan qui en discuterait personnellement avec son homologue du groupe Volkswagen, Herbert Diess. Car Luca De Meo est l’actuel PDG de Seat, filiale du groupe VW.

Polyglotte et européen

Un italien, patron d’une marque espagnole, membre d’un groupe allemand qui s’en va retrouver un constructeur français ? Il en faut plus au polyglotte Luca De Meo pour être débordé. Il jongle sans souci entre l’anglais, l’allemand, l’espagnol et l’italien. Et celui qui a vécu à Milan, Berlin et Barcelone n’aura aucun problème à rejoindre Boulogne-Billancourt, auréolé d’une carrière pour le moins prestigieuse. Après ses études à l’université de Milan, il a rejoint le groupe Fiat, qui deviendra plus tard FCA (Fiat Chrysler Automobiles). C’est à Turin qu’il réalise son premier fait d’armes. En 2005, la décision de ressusciter la mythique Fiat 500 est prise. Mais la petite auto, réalisée sur une base de Panda, devait être vendue au même prix que sa sœur, voire moins cher. Une décision logique, puisque la 500 est plus petite que la Panda. Mais Luca De Meo s’impose, et impose la montée en gamme de la petite qui sera vendue plus de 50% plus cher, avec l’incroyable succès que l’on sait, et la marge réalisée sur chaque auto. Il s’occupe ensuite d’Abarth, en fait une marque à part entière et, là encore, c’est un succès.

Le piège Alfa Romeo

Fort de ces réussites, Segio Marchionne, patron du groupe, lui confie en 2007, la direction d’Alfa Romeo. Mais c’est un piège. Luca De Meo se voit confier un objectif : atteindre 300 000 ventes par an, soit le double du chiffre de l’époque. Mais il s’aperçoit rapidement qu’aucun investissement ne lui est accordé pour réaliser l’exploit. Fâché, il quitte le groupe et se fait recruter par le groupe Volkswagen. Il y retrouve son vieil ami Walter Da Silva, ancien designer d’Alfa Romeo qui est désormais patron du style du groupe, et se voit confier la direction des ventes d’Audi, à l’époque, fleuron du vaste groupe. Mais Luca De Meo veut une direction de marque. Il patientera jusqu’en 2015 pour l’obtenir.

Le sauvetage de Seat

A l’époque, la filiale espagnole Seat est mal en point. Luca De Meo est dépêché à Barcelone pour la redresser. L’Italien se met au travail, et en trois ans, la marque devient l’une des plus dynamiques du groupe. Le nouveau PDG obtient de la direction de VW les dernières innovations techniques (moteurs, équipements) en même temps que la marque emblématique Volkswagen. Un exploit puisqu’auparavant, Seat en héritait des mois, voire des années plus tard. Dans le même temps, il lance un programme de SUV (Ateca, Arona). Et ça marche. Dans la foulée, il se souvient du lancement, réussi d’Abarth, et crée une marque reposant sur la division sportive de Seat. Supra est née. En parallèle, il sponsorise le Barça et déplace le siège de Seat dans l’une des plus prestigieuse avenue de Barcelone.

Un jour à la tête de l’Alliance ?

La marque Seat sauvée, Luca De Meo peut désormais s’attaquer à un plus gros constructeur. Ce qu’il s’apprête à faire avec Renault. Et il lui faudra tout son talent pour y parvenir. Car si l’ex-régie est toujours la championne des petites autos (Clio et Captur caracolent en tête des ventes en France), elle a beaucoup de mal à investir des segments plus grands. La berline Talisman n’a pas le succès escompté, pas plus que le nouvel Espace et le Scenic. Or, ce sont ces modèles qui réalisent de bonnes marges, lorsqu’ils se vendent. Et puis le nouveau venu devra également composer avec le rival-allié au sein de l’Alliance : Nissan. Mais Luca De Meo n’a aucune expérience directe de l’Asie. Mais s’il réussit son pari, il pourrait bien devenir le successeur de Jean-Dominique Senard à la tête de ladite Alliance. Ce dernier a prévenu au moment de prendre ses fonctions. Étant donné son âge, il ne souhaite pas conserver la direction aussi longtemps que son successeur Carlos Ghosn, qui avait tenu la barre du bateau durant deux décennies.

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