L’Allemagne fonce sur l’hydrogène

L’heure de l’hydrogène en Allemagne a sonné. Pour réduire les émissions de CO2, on tourne la page du nucléaire et du charbon Outre-Rhin.

hydrogène en Allemagne

Au début des années 2000, l’hydrogène en Allemagne était le sujet d’avenir. Tous les constructeurs automobiles y allaient de leur prototype doté d’une pile à combustible. Puis l’électrique avait balayé cela. Revirement de situation. Au lieu de gagner la course à l’électrique, l’Allemagne veut désormais parier sur le coup d’après en devenant le leader mondial de l’hydrogène.

L’hydrogène en Allemagne : un leader mondial

Le 10 Juin dernier, le gouvernement Allemand a présenté sa feuille de route pour la filière de l’hydrogène en Allemagne afin de décarbonner et réduire les émissions de CO2. L’Allemagne prend un virage à 360 degrés et se détourne du charbon et des batteries. Objectif : que, d’ici 2020, les capacités d’électrolyse soient portées à 5 000 mégawatts et à 10 000 mégawatts avant 2040. Peter Altmeier, le ministre de l’économie allemand, a expliqué lors d’une conférence de presse à laquelle il s’est d’ailleurs rendu en voiture tournant à l’hydrogène : « Nous posons les jalons pour devenir le numéro un mondial des technologies de l’hydrogène. L’Allemagne va jouer un rôle de pionnier, comme nous l’avons fait il y a vingt ans avec la promotion des énergies renouvelables ».

Cap vers un nouveau carburant

L’Allemagne met les freins brembo et arrête les frais pour l’électricité qui est, d’une part, difficilement stockable et qui, d’autre part, est en majeure partie fabriquée en Asie. Outre-Rhin, on veut fabriquer de l’hydrogène en Allemagne en quantité. Car, ce qui s’apparente finalement à un nouveau carburant n’a pas de rejet de CO2 lorsqu’on le produit par électrolyse. Et aucune émission polluante lorsqu’on passe par une pile à combustible qui fournit à son tour une énergie électrique.

7 milliards injectés dans l’hydrogène

Dans le plan de relance, cette stratégie pour l’hydrogène en Allemagne va mobiliser une somme colossale : 7 des 130 milliards prévus. A côté, les 100 millions d’euros annoncés en 2018 par la France dans le cadre du plan Hulot, semblent être une goutte d’eau. Ces sept milliards serviront à financer la recherche, les infrastructures mais aussi à mettre en œuvre les conditions nécessaires à la production d’un hydrogène vert. Et puisque le défi est ambitieux et exigeant (il faudra environ 20 TWh d’électricité renouvelable pour parvenir à atteindre l’objectif de 5 GW prévu à horizon 2030), le gouvernement allemand compte sur l’aide des industriels ainsi que le développement, en parallèle, de l’énergie solaire et éolienne.

Un enjeu écologique et économique

Mais au-delà de l’enjeu environnemental, l’hydrogène en Allemagne deviendra un nouveau débouché économique. « L’hydrogène vert va nous permettre de faire un double bond en avant, a développé Svenja Schulze, la ministre de l’environnement. Il nous permettra d’atteindre nos objectifs de neutralité climatique en 2050, mais aussi d’assurer une reprise écologiquement durable après la crise du coronavirus ». De cette sorte, la fabrication du matériel et des composants renforcera « la chaîne de valeur régionale et les entreprises du secteur ». Pour exploiter ce savoir-faire, un premier partenariat avec le Maroc sera noué puis d’autres, tout aussi stratégiques et technologiques afin que des pays puissent fournir de l’hydrogène vert à un prix compétitif. Le gouvernement allemand précise que ce sera du gagnant-gagnant : « On espère pouvoir exporter la technique, les électrolyseurs, les turbines éoliennes… et en échange, importer l’hydrogène ».

Elaboration d’un réseau d’hydrogène

L’Allemagne passe la vitesse supérieure et multiplie les projets. Une centaine de stations de rechargement pour les véhicules maillent le territoire. Hambourg, pour sa part, souhaite accueillir une usine d’électrolyse d’une capacité de 100 mégawatts. Plusieurs opérateurs allemands de gazoducs, quant à eux, se sont engagés dans la création d’un réseau d’hydrogène (H2 Startnetz 2030). D’une longueur de près de 6 000 kilomètres, ce dernier devrait permettre d’interconnecter une trentaine de projets spécifiques à la production de gaz vert.

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