Le flop des radars privés

Depuis le mois d’avril 2018, des chauffeurs privés à bord de voitures radars avaient en charge de contrôler la vitesse des automobilistes sur les routes de Normandie. Faute de flasher assez, les radars privés ne devraient finalement pas être généralisés à l’ensemble de l’hexagone.

radars privés

La sécurité routière avait pour ambition de généraliser les radars privés à tout le territoire. Il y a moins d’un an, on parlait d’appel d’offres venant de Bretagne, du Pays de Loire et de Centre Loire. Finalement, ce dispositif ne franchira pas le seuil de la Normandie à cause de problèmes techniques, d’une part,  relatés par le délégué interministériel à la Sécurité routière Emmanuel Barbe, et, d’autre part, à cause du contexte peu favorable des Gilets Jaunes déjà opposés aux 80km/h.  De toute façon, le verdict vient de tomber : le préfet de la Manche vient de révéler que les radars avec chauffeurs privés ne flashaient que très peu. En six mois, ces radars embarqués ont noté moins de 10 infractions par jour, soit 1760 infractions au total sur cette période d’essai. Un dispositif qui s’avère donc inefficace et qui ne devrait pas voir le jour sur l’ensemble du territoire.

Radars privés : un système trop onéreux

Par an, chaque auto verbalisée coûte la modique somme de 120 000 euros. A cause du nombre trop faible de verbalisations, ce dispositif des radars privés ne peut être amorti. Tandis que Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière, dénonce un problème technique, l’association 40 millions d’automobilistes, se réjouit de ce flop des radars privés et ne mâche pas ses mots « C’est une excellente nouvelle. Peut-être que l’on va pouvoir mettre fin à cette mesure qui était d’une stupidité sans nom. Confier la sécurité routière à des sociétés privées, on aura tout vu ! C’est vraiment la preuve que l’on cherchait avant tout à faire de l’argent plutôt que de la sécurité. »

La genèse des radars privés

L’Etat avait cru bon de sous-traiter à des sociétés privées les contrôles de vitesse. Un conducteur était seul à bord d’une voiture banalisée. Sauf qu’à l’arrière du véhicule se cachaient deux caméras et deux autres étaient dissimulées à l’avant. Ce curieux équipage appartenait à des entreprises privées, mandatées par l’Etat et qui, depuis le 20 avril de cette année 2018 flashaient les conducteurs en excès de vitesse. Une opération totalement automatisée, puisque le conducteur lui-même ne savait pas qui, ni quand, il était verbalisé. Ces véhicules privés devaient circuler durant 8 heures par jour et le nombre de flashs annuels devaient passer de 2 à 12 millions, lorsque tout le territoire serait couvert par ces voitures-radars. Bien sûr, pour parer à toute polémique, l’Etat s’était voulu rassurant. Ainsi, les itinéraires suivis par les autos flasheuses devaient être obligatoirement définis par les forces de l’ordre. En outre, les entreprises chargées de ces contrôles ne pouvaient pas être rémunérées au nombre d’infractions constatées. Par ailleurs, ni ces sociétés, ni ces chauffeurs n’avaient accès aux données concernant les flashs. Reste qu’au lancement de l’opération, laquelle restera donc finalement en phase test, il y avait déjà quelques déboires administrativo-judiciaires. Car, selon une note ministérielle, ces radars privés n’étaient pas conformes à la loi. C’est qu’en principe, le matériel nécessaire pour contrôler les infractions doit être mis à disposition par l’Etat, et non par des services privés. De même, le procédé de contrôle des routes n’était pas jugé conforme à la législation en matière de bonne moralité du personnel. Résultat : l’association 40 millions d’automobilistes avait décidé de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat avec ces éléments en main.

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