Actualité Auto

La fin des moteurs thermiques, c’est pour après-demain

Blog Vivacar » La fin des moteurs thermiques, c’est pour après-demain

Les députés européens ont voté : le 1er janvier 2035 c’en est fini des moteurs thermiques. La directive doit encore être approuvée par l’ensemble des 27 pays, ce qui devrait être fait au cours de l’été. Mais si de nombreux constructeurs approuvent la bascule, quelques voix dissonantes se font entendre qui craignent la dépendance aux pays d’Asie et la casse sociale attendue.

actualité fin des moteurs thermiques 2035

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Sommaire de l’article

C’est acté, validé et entériné. Ou presque. Le 1er janvier 2035, dans l’ensemble des pays de l’union, la vente de voitures thermiques serait interdite. Il ne restera plus alors sur le marché que des autos électriques à batteries ou à l’hydrogène.

Évidemment, cette directive doit encore être approuvée par l’ensemble des 27 pays, mais leurs députés ayant approuvé la mesure à 339 voies pour et 249 contre, ce devrait être une pure formalité qui devrait être expédiée au cours du mois de juillet.

Les constructeurs majoritairement pour

Plus de moteurs essence, pas plus de diesels ni d’hybrides rechargeables ? A priori, on pouvait s’attendre à un tollé général de la part des constructeurs du vieux continent que l’on imagine vent debout contre la mesure. Mais c’est loin d’être le cas.

L’ACEA, l’association des constructeurs européens d’automobile qui les représente, s’est contentée entériner la décision dès le lendemain du vote, demandant simplement aux pouvoirs publics d’accélérer le déploiement de bornes de recharge à travers le continent. Un acquiescement surprenant ? Pas vraiment. Car tous ont déjà entamé la bascule du thermique vers l’électrique.

Exit les hybrides simples ou rechargeables

Cette transformation, la plus importante de toute l’histoire de l’automobile, nécessite des investissements gigantesques. Le seul groupe Volkswagen a engagé 70 milliards d’euros dans l’affaire, et pour toutes les marques, la somme se chiffre à hauteur de dizaines de milliards.

Du coup, si les députés européens avaient voté contre la mesure, ces milliards étaient perdus, car les consommateurs auraient continué à acheter majoritairement des autos thermiques. Bien sûr, ils ont aussi misé sur d’autres formes d’énergies, comme les carburants synthétiques, à l’instar de Porsche.

La fin des recherches sur les carburants de synthèse

Le constructeur de Zuffenhausen a investi une centaine de millions dans la recherche pour développer cette essence du troisième type. Mais quelles que soient l’aboutissement de ces travaux, les émissions de CO2 ne sauraient être abaissé de plus de 80 ou 90% avec ce type de carburant.

Or, la commission européenne exige qu’en 2035, le taux d’émission soit de 0%. Exit donc, l’essence Porsche, qui appartient d’ailleurs au groupe Volkswagen. Et puis, que sont 100 millions, par rapport aux 70 milliards d’investissements de la maison mère ?

Un consensus international

Le consensus règne donc au sein des constructeurs européens, comme des marques américaines et asiatiques d’ailleurs. Car tous savent que les autres continents se dirigent également vers le tout électrique.

La Chine établit des quotas en la matière depuis plusieurs années et c’est le premier marché mondial.

Quant aux Etats-Unis, après l’ère Trump qui avait stoppé net tout effort en matière d’émissions, et donné un sursis aux V8 essence gros émetteurs, l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche a changé la donne et il entend bien mettre en place une politique d’électrification.

Du côté des constructeurs, Ford a d’ailleurs expliqué que sa bascule vers l’électrique serait achevée dès 2030. Même son de cloche du côté du Coréen Hyundai-Kia.

Des voix s’élèvent contre la mesure

Reste quelques réticences à cette transformation lourde. Et l’une d’entre elle est française en la personne de Carlos Tavares. Dès l’annonce, et l’assentiment tacite de l’ACEA, le patron de Stellantis a décidé de ne plus adhérer à l’association.

Il la dirigeait jusqu’en 2019 et a été remplacé à ce poste, comme c’est toujours le cas après trois ans de mandat, par un autre dirigeant automobile, en l’occurrence Olivier Zipse, le patron de BMW.

Que reproche Tavares à l’organisation ? Officiellement pas grand-chose, mais officieusement, de ne pas avoir suffisamment menée l’action de lobbying qui est son bien-fondé, et de ne pas su, ou pas voulu, aller contre la décision des élus de Bruxelles. Il n’est d’ailleurs pas le seul à déplorer cette future directive.

« Un grand saut dans le vide »

En Allemagne, mais aussi en France, d’autres voix se sont élevées, et notamment celle de Luc Chatel. L’ancien ministre est aujourd’hui le président de la PFA (la plateforme de l’automobile qui regroupe les marques françaises, les équipementiers et les entreprises de service de la filière).

Sur les antennes de BFM, il a qualifié la future directive, de « grand saut dans le vide et de sabordage industriel ». Même son de cloche pour son directeur général, Marc Mortureux, l’affaire est « d’une radicalité extrême que je ne vois dans aucun autre secteur. »

En Allemagne, c’est le directeur général du VDMA (association des fabricants allemands de machines et d’équipements), Hartmut Rauen qui s’en est mêlé. Il n’hésite pas et qualifie le chamboulement attendu « de risque géopolitique majeur en Europe », puisque selon lui, la Russie et la Chine détiennent les clés de l’accès aux matières premières nécessaires à la voiture électrique, que ce soit pour le lithium nécessaire à leur fonctionnement, ou pour la fabrication des batteries elles-mêmes, en provenance, à 90% d’Asie.

Une casse sociale attendue

Pour autant, toutes ces voix qui s’élèvent contre la mesure restent prudentes. Le groupe Stellantis investit lui aussi dans l’électrique. Et les marques de voitures italiennes du groupe (Alfa Romeo, Fiat, Lancia) annoncent elles aussi qu’elles seront prêtes avant 2035.

D’autant que ces marques vendent principalement leurs modèles en Europe. Reste que tous ces dirigeants qui s’élèvent contre la bascule totale sont conscients de la casse sociale qu’elle va engendrer et des centaines de milliers d’emplois qui risquent d’être perdus d’ici 2040.

Car la motorisation électrique nécessite, selon les estimations, 30% de salariés en moins, que le bon vieux moteur thermique. S’élever contre la décision prise à Strasbourg est une manière de prévenir les pouvoirs publics des risques à venir. Et une manière de se couvrir lorsqu’ils devront réduire leur personnel. Sans doute bien avant l’échéance de 2035.

Anne-Charlotte Laugier, journaliste, blogueuse et romancière (Ramsay).