Cours du pétrole négatif : une première dans l’histoire

Ce n’était jamais arrivé. En une nuit du mois d’Avril 2020, le cours du pétrole brut s’est affiché à – 37 dollars.  Pour autant, aucun pompiste de la planète ne va payer les consommateurs venant faire leur plein. Explications.

cours du pétrole

Ce qui s’est produit à Wall Street ce lundi 20 Avril 2020, est totalement inédit. Après avoir baissé tout au long de la journée pour atteindre un dollar, le cours du pétrole brut américain a chuté pour atteindre – 37,63 dollars. Ce qui signifie, en clair, que les producteurs de pétrole yankees paient leurs acheteurs pour qu’ils les débarrassent de leur or noir. Comment une telle situation totalement surréaliste a-t-elle pu se produire ? La première et primordiale raison tient à la crise du coronavirus qui a fait baisser la consommation mondiale de carburant de l’ordre de 30%. Résultat : les compagnies pétrolières n’ont jamais acheté aussi peu de brut. Il a donc fallu les inciter à le faire.

Une guerre du pétrole qui dure depuis des mois

Mais en plus, la guerre du pétrole que se livrent les pays arabes, les Russes et les Américains depuis le début de l’année a fait baisser le cours du pétrole en dessous de 30 dollars le baril depuis quatre mois alors qu’il était établi autour de 50 dollars depuis plusieurs années. Les Russes et l’Arabie Saoudite en tête, ont brusquement baissé leurs prix au mois de janvier pour tenter de rafler les marchés détenus par les Américains gros pourvoyeur de pétrole grâce à l’extraction du gaz de schiste. Les USA sont ainsi devenus le premier producteur mondial de pétrole depuis 2018.

Se débarrasser du brut coûte que coûte

La conjonction de ces éléments a conduit à la situation de cette nuit, car le pétrole américain ne trouve pas preneur. Ce que l’on appelle baril n’est pas stocké dans des barils, justement, en attendant le client. Ces quantités de pétrole sont distribués par des pipelines et les conserver coute extrêmement cher puisqu’il faudrait fabriquer des cuves aux contenances gigantesques. Alors plutôt que de se lancer dans ce stockage, et plutôt que de bloquer leur système d’extraction, les producteurs US ont préféré payer leurs clients pour qu’ils les débarrassent de ces excédents pour leurs voitures même si le cours du pétrole doit être négatif. Mais attention, cette super promo n’était valable que 24h, car ce tarif ne s’applique qu’aux ventes de brut du mois de mai.

Des ventes comptant ou à terme

Car de tels achats se font de deux manières, soit au comptant, soit à terme. Et c’est la seconde manière qui s’applique au pétrole. Les deux parties se mettent d’accord sur un tarif versé lors de la livraison qui se déroule souvent plusieurs mois plus tard. Or, aucune compagnie ne souhaitant acheter le brut du prochain mois de mai, il a été plus que bradé, en catastrophe ce lundi. En revanche, dès la soirée de mardi, les cours du pétrole sont remontés à hauteur de 10 dollars pour le pétrole de juin, ce qui n’est pas un cours normal, mais il est toujours moins extravagant que le précédent.

Un cours du pétrole bas à la pompe, mais pas d’essence gratuite

Évidemment, ce cours du pétrole au plus bas fait rêver les consommateurs qui s’imaginent qu’ils en profiteront directement à la pompe. Or, il n’en est rien, du moins pas dans ces proportions. D’une part, parce que l’essence distribué par les pompes françaises a été acheté il y a plusieurs mois déjà, mais en outre, le baril à – 37 dollars n’est que du brut. Ce brut doit transiter par les raffineries des différentes compagnies ou il est transformé en kérosène pour les avions et en sans plomb et en diesel pour les voitures et les camions. Il doit ensuite être acheminé vers les stations-services ou les consommateurs viennent se servir. Ce transport, ce raffinement et cette distribution ont un coût, auquel s’ajoutent les taxes que la plupart des États prélèvent sur les carburants. En France, il est proche de 85cts pour un litre de sans plomb. Quoiqu’il en soit, les conducteurs ne risquent donc pas de repartir avec le plein et un chèque de leur station-service. Mais le prix de l’essence devrait rester bas pour plusieurs mois encore.

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