Le bel appétit des sociétés d’autoroutes

Avec les bénéfices records engrangées, les gestionnaires privés de nos autoroutes pensent à l’avenir : le rachat des grandes voies de liaison et, pourquoi pas des routes nationales.

autoroutes

On le sait, en France, les autoroutes sont privatisées depuis 2005. Mais si tous les grands tronçons sont aujourd’hui aux mains de Vinci, Cofiroute, la Sanef ou de la SAPR, il reste de nombreux tronçons, dites autoroutes de liaison, toujours aux mains de l’État. Et ces 2 600 km de bitume, d’un accès gratuit, se sont dégradées au cours du temps. Faute de moyens, les pouvoirs publics tardent à les réparer, ce qui n’a pas échappé à l’œil aiguisé de l’ASFA (Association française des sociétés d’autoroutes). Selon le sénateur centriste Hervey Maurey, qui a rencontré les responsables des principaux groupes gérants, ils seraient intéressés par la reprise de ces tronçons et se déclarent capables de les entretenir correctement. A quel prix ? Nul ne le sait, comme nul ne sait si, dans le cas éventuel d’une nouvelle privatisations, ces sociétés d’autoroutes mettraient en place de nouveaux péages, souvent périurbains, puisque c’est dans ces zones que se trouvent la plupart de ces quatre voies convoitées. En tout état de cause, il est difficile d’envisager une gestion privée sans contrepartie financière. Mais, selon des spécialistes interrogées, ces nouvelles cessions pourraient ne pas passer forcément par une nouvelle ponction sur les véhicules qui empruntent ces tronçons, mais par une prolongation des concessions des grandes autoroutes, aujourd’hui fixées entre 64 et 75 ans, selon les entreprises et les réseaux. La négociation est donc ouverte avec les pouvoirs publics, même si ces derniers n’ont pas encore confirmé, ou infirmé cette possible nouvelle cession. 

Des Nationales privatisées ?

Mais l’appétit des groupes privés de gestion des autoroutes ne se limite pas à ces tronçons de liaison, toutes à quatre voies. La cellule investigation de Radio France a exhumé un rapport datant de 2014. Selon cette note interne, l’Association des sociétés françaises d’autoroutes se déclare intéressée par le réseau des routes nationales françaises. En tout, ce sont 10 000 km, aujourd’hui en deux ou quatre voies qui sont ainsi concernées. Selon le document, « il semble pertinent aujourd’hui de s’appuyer sur ce modèle pour continuer à développer et moderniser les infrastructures routières indispensables à la mobilité durable et au développement économique de notre pays, tout en contribuant de façon positive à la relance économique ». Le tout, « sans alourdir la charge de l’Etat ». Il est certain que non seulement, une cession des Nationales apporterait des fonds aux pouvoirs publics qui en manquent cruellement, mais, en plus, soulagerait ces derniers de l’entretien coûteux de ces voies, aujourd’hui beaucoup plus dégradées que celles des autoroutes encore publiques. Des espèces sonnantes et trébuchantes qui tomberaient dans les caisses publiques que l’Asfa n’hésite pas a évoquer sous la forme d’un « un choc budgétaire très significatif, soulageant le budget de l’État et pérennisant les capacités d’entretien du réseau. » Sur ce point-là, l’Etat en question, n’a pas non plus n’a, pour le moment, fait de commentaire.

Qui paiera l’addition ?

Reste que, si les sociétés d’autoroutes, dont les recettes annuelles dépassent les 14 milliards d’euros, peuvent très facilement absorber l’entretien des autoroutes de liaison (moyennant un geste de l’Etat), elles devraient hésiter à investir seules dans l’entretien de 10 000 km de routes nationales. Qui paierait l’addition en cas de nouvelles privatisations ? L’Etat peut parfaitement la régler à ces mêmes sociétés dans le cadre d’une convention. Ou alors, le contribuable pourrait s’en charger directement, sous la forme de péages automatisés sur ces fameuses nationales. Mais ce dernier scénario paraît le moins probable, tant les difficultés matérielles d’installations de guérîtes en très grand nombre, ou de vente de badges systématiques aux millions de Français, et d’étrangers, qui les empruntent chaque jour paraît compliquée. L’on pourrait donc s’acheminer, à terme, vers une simple sous-traitance de la gestion des Nationales et leur entretien.