L’Airbus des batteries est sur orbite

Les ministres français et allemands ont signé le lancement du consortium européen chargé de la conception et de la fabrication des batteries de voitures électriques. Près de 6 milliards doivent être investis pour enrayer le monopole chinois en la matière.

batteries voiture électrique

L’affaire est dans l’air depuis quelques mois. Mais après les premières déclarations du mois de février, le fameux consortium allemand semble prendre corps. L’airbus de la batterie est sur sa rampe de lancement et le ministre de l’économie Bruno le Maire a signé, en compagnie de son homologue allemand Peter Altmaier, un accord la semaine passée. Au générique : une enveloppe de 1,2 milliards financée par les deux pays et l’Union européenne. A cette somme doit s’ajouter 4 milliards amenés par les industriels français et allemands, équipementiers et constructeurs automobiles. 

Enrayer le monopole chinois

Le but de cette grande manœuvre au coût total de près de 6 milliards d’euros est de concevoir et produire sur le vieux continent les batteries qui sont au cœur de la voiture électrique. Et il s’agit là d’une mesure vitale. Car, pour le moment, 99% des modèles disponibles à travers le monde proviennent de Chine et de Corée du Sud. Un monopole que l’Europe entend bien enrayer pour ne pas se retrouver pieds et poings liés à l’Asie qui, au moment même ou la voiture électrique prend son envol, risque d’imposer au reste du monde sa technologie et ses prix.

Cinq à six ans de développement

Pour autant, il va falloir patienter pour découvrir la batterie européenne. Une première usine pilote, chargée de la recherche et du développement des modèles doit être construite en France, elle devrait abriter 200 salariés, surtout des ingénieurs chercheurs. Par la suite, une unité de production des batteries conçues dans l’hexagone doit voir le jour en Allemagne et employer 3 000 salariés. Les premières batteries ne seront donc pas disponibles avant 2024-2025.

Quels types de batteries en Europe ?

Reste à savoir quelle technologie sera développée dans le laboratoire français. Une batterie lithium-Ion du type de celle qui équipe la quasi totalité des voitures électriques d’aujourd’hui ? Il est fort à parier que les dirigeants du consortium optent pour une autre solution. Car le lithium est majoritairement exploité et distribué par la Chine. Or, il est inutile de vouloir se défaire d’un monopole mondial pour plonger dans un autre. De plus, cette technologie montre ses limites en matière de capacité d’autonomie et surtout, de temps de rechargement. D’autres solutions sont à l’étude actuellement, comme le graphème et l’électrolyte solide qui permettent de faire le plein en électricité en moins d’une demi-heure et sont capables d’effectuer 500 km. Mais ces batteries ne sont aujourd’hui qu’à l’état de prototypes.

Les industriels dans la ronde

En plus des États français et allemands, ainsi que de l’UE, les industriels de la filière sont invités à mettre la main à la poche pour financer un projet dont ils pourront évidemment profiter. PSA a déjà laissé entendre qu’il y participerait sous la bannière de sa filiale Opel, plutôt en retard en matière de voitures électriques. Et si du côté de Renault et des marques allemandes, c’est le silence, les candidatures devraient voir le jour d’ici l’automne, puisque le tour de table doit être bouclé au mois d’octobre. Mais les équipementiers sont eux aussi conviés à rejoindre le consortium et de ce côté, les premières réticences se font jour. Bosch et ContiTech, les deux gros équipementiers allemands ont déclinés l’invitation, arguant du fait que leurs travaux en matière de batterie, et leurs propres investissements, étaient déjà suffisamment avancés pour qu’ils puissent se permettre de faire cavalier seul. Une façon de jouer solo qui fait le bonheur des autorités chinoises car, pendant que l’Europe tente de rassembler des forces disparates, la déferlante de modèles électriques est annoncée par la majorité des constructeurs d’ici une petite année. Des modèles qui, pour le moment, sont tous équipés de batteries fournies par l’Empire du Milieu.