Affaire Carlos Ghosn : où en est-on ?

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Voilà une semaine que la bombe a explosé. Une semaine que le tout puissant patron de l’Alliance Renault-Nissan est incarcéré, Entre les éléments avérés et hypothèses controversées, rappel des faits.

C’était le 19 novembre dernier. En atterrissant à Tokyo à bord du jet privé de l’Alliance, Carlos Ghosn est arrêté par les autorités japonaises, et conduit au commissariat. Motif : il est soupçonné d’avoir dissimulé une partie de ses revenus au fisc nippon. Dans les heures qui suivent, le cours de Renault chute en bourse, avec un pic qui atteint 13,8%. Tout au long de cette même journée, on en saura un peu plus. Selon la direction de Nissan et la presse locale, le patron de l’Alliance Renault-Nissan aurait, pendant de nombreuses années, « déclaré des revenus inférieurs au montant réel ». De plus, après une enquête en interne, le constructeur a découvert « de nombreuses autres malversations, comme l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles. » Selon l’agence de presse IJI, les sommes en jeu atteindraient 39 millions d’euros et la dissimulation aurait duré cinq ans.

Carlos Ghosn en garde à vue

Dès le lendemain matin, le parquet de Tokyo confirme la nouvelle : Carlos Ghosn est bel et bien placé en garde à vue. Au Japon celle-ci peut durer 23 jours et renouvelée une fois. Dans leur communiqué, les juges précisent qu’il « a conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015 ». En France, le ministre de l’économie Bruno Le Maire, est interrogé par France Info. Pour lui, Ghosn n’est « plus en état de diriger Renault ». Rappelons que l’Etat possède 15% des parts du losange. C’est à ce jour, le plus important actionnaire du groupe. Le lendemain, le conseil d’administration de Renault se réunit et décide d’écarter provisoirement le patron. Thierry Bolloré, ancien N°2 prend temporairement les rênes de l’entreprise.

Les soupçons s’accumulent

Au Japon, la prudence est moins de mise. Réuni lui aussi, les conseils d’administration de Nissan et de Mistubishi, l’autre marque de l’Alliance, révoquent purement et simplement Carlos Ghosn. Ce dernier est toujours incarcéré à la prison de Kosuge à Tokyo. Il aurait droit, toujours selon la presse japonaise, à trois bols de riz par jour. De leur côté, les médias japonais révèlent la teneur des abus de bien sociaux dont le PDG se serait rendu coupable, expliquant notamment que sa propre sœur bénéficiait, depuis 16 ans d’un emploi fictif payé 100 000 dollars par an, et d’un appartement de fonction au Brésil. Carlos Ghosn aurait également bénéficié de quatre résidences payées par le groupe à travers le monde et aurait fait bénéficié sa famille de plusieurs voyages, toujours pris en charge. Le principal accusé affirme être totalement innocent des faits qui lui sont reprochés.

Une manœuvre visant à déstabiliser Renault ?

Mais alors que tout accable le dirigeant, des voies s’élèvent dans les médias français, mais aussi aux Etats-Unis, pour expliquer que Nissan est à la manœuvre pour évincer son ex-patron qui tentait de transformer l’Alliance en un groupe classique. Un groupe dans lequel Renault serait prédominant. C’en serait trop pour les Japonais. C’est notamment la thèse du Financial Times, expliquant que toutes les données du dossier, livrées à la police, l’ont été par Nissan. Or, s’interroge le média économique, ces données, étaient à portée de main depuis des années. Et le constructeur japonais les aurait livrées à un moment opportun : celui ou justement, Ghosn tentait de mettre sur pied une opération de rachat de Nissan par Renault. Mais quelques soient les tenants et les aboutissants de cette affaire, elle est loin d’être achevée. Et les procédures qui entourent l’ex-grand patron de l’automobile mondiale sont loin d’être terminées.